Si l’exposition aux ondes électromagnétiques inquiète, peu de communes osent quantifier celles qui rayonnent dans leurs rues et communiquer des données précises aux habitants. Un cap franchi par Valence (Drôme). Strasbourg l’avait devancé mais sans mesurer aussi finement ni mettre en avant ses résultats. À Valence, l’impulsion donnée par la conseillère municipale et eurodéputée Michèle Rivasi a beaucoup joué. Dans le cadre d’une étude cofinancée par la Dreal, l’agence régionale de santé et la Région, le Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem) – que cette élue a cofondé – y a mesuré les champs électromagnétiques générés par la téléphonie mobile pour conforter une modélisation réalisée par le Cerema Centre-Est. Xavier Olny, qui dirige au Cerema l’unité qui s’en est chargée, explique avoir mis en œuvre une méthodologie rodée dans le cadre d’une expérimentation nationale menée il y a plusieurs années dans des quartiers pilotes comme La Défense : « La nouveauté à Valence est de l’appliquer à une ville entière et sa périphérie. » Il lui a donc fallu commencer par un repérage sur site et concevoir une maquette numérique 3D intégrant les antennes relais. Puis compiler leurs données techniques, non sans buter sur des questions de confidentialité commerciale. Et enfin confronter l’ensemble avec une seconde série de mesures effectuées par des laboratoires agréés par l’Agence nationale des fréquences (ANFR). La précision est au rendez-vous : les niveaux de champs électromagnétiques liés aux services de téléphonie mobile 2G, 3G et 4G sont calculés sur toutes les façades extérieures de la ville. « Avec un point tous les deux mètres, poursuit-il. Outre les niveaux d’exposition, le nombre de personnes exposées est évalué en tenant compte de bâtiments plus sensibles comme les écoles ». Alors que la législation française établit un seuil d’intolérance à partir de 41 V/m, 90 % des rues valentinoises se trouvent en dessous de 0,3 V/m. Quelques zones de vigilance avec des niveaux plus élevés ont été détectées. Mais elles demeurent très inférieures aux valeurs réglementaires. « Face aux débats souvent tendus sur le sujet, cette cartographie fournit une base objective. Un outil pour aider les élus dans leur dialogue avec les opérateurs. Reste à voir comment l’un et l’autre, mais aussi les habitants, vont se l’approprier », conclut l’expert.Morgan Boëdec