Dix ans après l’Accord de Paris, la France entend remettre un coup d’accélérateur à sa trajectoire climatique. Avec la publication, le 10 décembre 2025, du projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), le gouvernement affiche une ambition rehaussée : réduire de 50 % les émissions territoriales brutes d’ici 2030 par rapport à 1990, contre 40 % jusqu’ici. Sur le papier, le signal est fort. Dans le détail, il révèle toutefois les tensions croissantes entre volontarisme politique, contraintes physiques et faisabilité économique.
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La SNBC 3 acte d’abord une rupture de rythme. Là où la France réduisait ses émissions d’environ 3 % par an entre 2017 et 2023, elle devra désormais viser 5 % par an jusqu’en 2030, soit un effort cumulé de près de 120 millions de tonnes de CO₂e supplémentaires évitées sur la période. Un saut quantitatif majeur, qui suppose une transformation rapide des modes de production, de transport et de consommation. Cette accélération s’inscrit dans la planification écologique voulue par l’exécutif, avec la neutralité carbone en ligne de mire pour 2050. Derrière l’affichage, le texte apparaît cependant plus prudent que certaines versions de travail antérieures. Les émissions projetées pour 2030 ont été réévaluées à la hausse, à 279 millions de tonnes de CO₂e, là où les dernières versions de travail tablaient sur 273 MtCO₂e.
Des ambitions sectorielles réajustées à la baisse
Plusieurs secteurs clés voient leurs objectifs assouplis. Le secteur des déchets voit ainsi son objectif de réduction limité à –28 % en 2030, un niveau inférieur aux premières hypothèses. Les bâtiments et les transports, pourtant responsables à eux seuls de près de 45 % des émissions nationales, affichent eux aussi des trajectoires moins exigeantes qu’anticipé.
Dans les transports, la stratégie prévoit :
66 % de véhicules électriques dans les ventes neuves en 2030,
une électrification d’environ 15 % du parc roulant total,
un doublement de la part modale du fret ferroviaire, aujourd’hui bloquée autour de 9 %.
Dans le bâtiment, la SNBC 3 confirme :
8,8 millions de pompes à chaleur installées d’ici 2030,
700 000 rénovations de logements par an, dont 250 000 rénovations d’ampleur.
Des volumes jugés insuffisants par plusieurs acteurs, qui estiment qu’il faudrait dépasser le million de rénovations annuelles pour tenir les objectifs climatiques et sociaux.
Par ailleurs, l’industrie doit réduire ses émissions de 68 % d’ici 2030, en portant la part de l’électricité à 45 % du mix énergétique et en sortant définitivement du charbon. Cette trajectoire repose largement sur des technologies encore peu déployées à grande échelle : captage et stockage du carbone, hydrogène bas-carbone, électrification des procédés lourds. Leur maturité industrielle et leur coût interrogent, à l’heure où les investissements nécessaires se chiffrent en dizaines de milliards d’euros. L’agriculture, de son côté, est appelée à réduire de 30 % l’usage d’engrais minéraux azotés et à convertir 36 % des surfaces agricoles à des pratiques agroécologiques.
La question de la souveraineté énergétique constitue le socle de ce plan, avec un calendrier de sortie des énergies fossiles clairement défini : fin du charbon en 2030, du pétrole en 2045 et du gaz fossile en 2050. Cette bascule exige une électrification massive des usages et une gestion rigoureuse de la biomasse, dont les ressources restent limitées.
Les puits de carbone au cœur d’un pari risqué
Pour compenser les moindres réductions dans certains secteurs, la SNBC 3 repose sur un pari risqué : une capacité accrue des puits de carbone naturels. Le gouvernement table sur une absorption de 25 MtCO₂e en 2030 et -24 Mt CO2e en 2050.
Ce choix suscite des interrogations, alors que les forêts françaises subissent une hausse marquée de la mortalité liée aux sécheresses, aux incendies et aux ravageurs. Le plan prévoit bien le renouvellement de 10 % du massif forestier d’ici dix ans, mais les effets climatiques de ces replantations ne se feront sentir qu’à moyen ou long terme.
Un texte final pour le printemps 2026
Le calendrier de finalisation de la SNBC 3 entre désormais dans sa phase terminale. Le projet actuel sert de socle à une ultime phase de consultations obligatoires auprès d’instances telles que le Conseil national de la transition écologique, le Haut Conseil pour le climat et l’Autorité environnementale, ainsi qu’auprès du public par voie dématérialisée.
Bien que le texte puisse encore subir des ajustements techniques mineurs, son adoption définitive par décret est promise pour le printemps 2026. Cette adoption devrait intervenir parallèlement à celle de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont la clarification est attendue avec impatience par les acteurs économiques pour garantir la cohérence entre les besoins d’électrification et les capacités de production décarbonée.