L’indique NAT 40 du WWF France est la toute première évaluation indépendante de la maturité des entreprises du CAC 40 face aux enjeux de la nature. Il souligne que si le climat a fini par s’imposer dans les conseils d’administration, la nature reste, elle, le grand angle mort des stratégies d’affaires françaises. Ou quand les entreprises détruisent l’environnement dont leur business dépend !
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L’indice NAT 40 ne mesure pas l’impact absolu des entreprises sur l’environnement, mais évalue la robustesse de leurs « plans de transition nature » (PTN). Fondé sur l’analyse des rapports de durabilité CSRD 2024, l’indice passe au crible quatre thématiques essentielles : la pollution, l’eau, la biodiversité et l’économie circulaire. Les résultats globaux témoignent d’une immaturité flagrante. La moyenne générale de l’indice plafonne à un médiocre 32/100. Plus inquiétant encore, aucune entreprise du CAC 40 ne dispose à ce jour d’un plan de transition nature formalisé. Ce décalage entre les discours verdissants et la réalité opérationnelle est profond : une seule entreprise, Kering, parvient à franchir la barre de la moyenne avec un score de 52/100.
Le CAC 40 en 3 groupes
Le WWF distingue trois groupes au sein de l’indice. Tout d’abord, les bons élèves (Kering, LVMH, Carrefour, L’Oréal) qui sont souvent dépendants d’un amont agricole et qui ont des analyses plus structurées. Kering fait figure de pionnier en étant la seule entreprise à avoir adopté des cibles scientifiques SBTN (Science Based Targets for Nature). Le groupe intermédiaire (Renault, Airbus, TotalEnergies) traite les enjeux de façon partielle et superficielle, malgré des impacts environnementaux massifs. Et bien sûr ceux du fond de la classe. Ce groupe inclut les grandes banques systémiques (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale). Ces institutions affichent les scores les plus faibles, jugeant unanimement les enjeux « nature » comme non matériels dans leurs rapports. Pourtant, la Banque Centrale Européenne souligne que 75 % des prêts aux entreprises de la zone euro dépendent de services rendus par la nature (pollinisation, eau, sols fertiles).
L’amont, ce grand oublié
L’analyse du WWF met en lumière plusieurs 4 lourdes qui freinent la transition. La première est l’aveuglement sur la chaîne de valeur qui poussent les entreprises à ignorer les impacts massifs situés en amont chez leurs fournisseurs. Le manque de traçabilité est flagrant : l’information s’arrête souvent au premier niveau de fournisseur, occultant les pressions réelles exercées sur les écosystèmes lointains.
Ensuite, vient le fossé entre climat et nature : Si 80 % des entreprises ont des cibles climatiques validées par la science (SBTi), elles ne sont que 2,5 % (une seule entreprise) à en avoir pour la nature. La nature est encore perçue comme trop complexe, une excuse qui ne tient plus face à l’existence d’outils de mesure robustes comme le cadre TNFD ou SBTN. Puis, vient l’absence de financement crédible puisque, pour 65 % des entreprises du CAC 40, aucun indicateur financier n’est lié aux enjeux de nature, faisant peser un risque sérieux de greenwashing.
Enfin, le NAT40 pointe du doigt une gouvernance déconnectée : 68 % des entreprises n’intègrent aucun indicateur de nature dans la rémunération variable de leurs dirigeants.
Un plan d’action est impératif
Face à ce paradoxe où les entreprises contribuent à détruire les écosystèmes dont elles dépendent, la transformation n’est plus une option, mais une condition de résilience économique. Le WWF et l’IPBES appellent à un changement d’échelle immédiat.
Les entreprises doivent désormais réaliser des analyses incluant non seulement les risques financiers pour l’entreprise, mais aussi les impacts de l’entreprise sur la planète. Elles doivent adopter des trajectoires fondées sur la science, améliorer drastiquement la traçabilité de leurs approvisionnements et, surtout, financer réellement cette mutation.
Les pouvoirs publics ont également un rôle crucial à jouer en maintenant un cadre législatif européen robuste (CSRD) et en rendant obligatoires les plans de transition nature. Le secteur financier, quant à lui, doit cesser de se voiler la face et intégrer les risques liés à la biodiversité dans ses décisions de prêt et d’investissement.
L’indice NAT 40 montre que le chemin vers une économie compatible avec les limites planétaires est encore long mais qu’il est temps de réaligner les profits avec le vivant. L’indice NAT 40 deviendra un rendez-vous annuel.