L'idée d'un photovoltaïque « made in France » émerge peu à peu. Le moratoire terminé, la filière cherche à se redresser dans un cadre réglementaire jugé plus restrictif. Mais l'objectif reste inchangé : développer simultanément en France un marché et une industrie. Pour y parvenir, l'idée d'un label a été lancée au cours d'une réunion du Syndicat des énergies renouvelables. Depuis, la profession tente de concevoir un dispositif irréprochable sur le plan juridique.
L'enjeu est stratégique. Le principe serait d'estampiller - ou non - les équipements photovoltaïques d'une garantie de fabrication bleu-blanc-rouge. « La force d'un label serait de rassembler les acteurs français et de proposer une offre homogène pour ensuite être crédible à l'exportation », estime Serge Savasta, responsable de l'activité Énergies renouvelables chez Crédit agricole Private Equity. L'initiative soulève toutefois des doutes : « Peut-on attribuer le label à un module encapsulé en France à partir d'une cellule fabriquée à l'étranger ? », interroge André Joffre, vice-président de l'association Enerplan. Plus généralement, le casse-tête porte sur la définition de critères objectifs pour favoriser, implicitement, les produits fabriqués en France.
D'aucuns proposent de privilégier certaines technologies. « Sur des nouvelles filières comme les couches minces, les investissements n'ont pas encore été réalisés au niveau mondial. La France n'est pas en retard », note Bernard Besnainou, directeur adjoint du pôle de compétitivité Capenergies. Mais nombre d'industriels se sont déjà positionnés sur la technologie cristalline à forte concurrence internationale. Pour eux, le label devra d'abord exploiter une spécificité tricolore : « L'architecture française a de la valeur ajoutée, signale Loïc de Poix, président du directoire de MPO. Le label doit intégrer des critères d'intégration au bâti. » L'Europe serait d'ailleurs en train de rédiger des normes spécifiques à cette famille de produits. Car celles « existantes ont été définies pour des équipements à l'air libre. Pas pour l'intégrer au bâti, où les contraintes ne sont pas les mêmes », relève Jérôme Beccavin, président de l'organisme de certification Certisolis.
Cette filiale du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) et du LNE (Laboratoire national de métrologie et d'essais) a été fondée en 2009. Elle est chargée d'accompagner le développement de l'industrie photovoltaïque en délivrant des certifications. Elle prépare actuellement son référentiel, qu'elle compte finaliser pour la fin 2011. Seule certitude, son statut de tierce partie indépendante lui interdit d'utiliser des critères géographiques.
L'organisme propose d'exiger en France des niveaux de performance technique plus élevés que les normes usuelles. Exemple avec l'analyse de la pénétration de l'humidité. « Les normes imposent des tests de résistance de 1 000 heures à 85 °C. Certisolis va proposer 1 500, voire 2 000 heures », dévoile Jérôme Beccavin. En complément de critères de qualité, le bilan carbone est souvent évoqué pour favoriser la fabrication locale, a minima européenne. Sur toute sa vie, un panneau en silicium cristallin fabriqué en Chine causerait en effet, selon l'Ademe, 1,8 fois plus d'émissions de gaz à effet de serre que son alter ego tricolore. À une nuance près : les émissions dues au transport ont une part modeste. « Les paramètres les plus importants sont le mix énergétique où est fabriqué le module et le niveau d'ensoleillement du site où il est exploité », précise Yvonnick Durand, ingénieur R & D à l'Ademe.
La définition d'un label France n'est pas encore totalement aboutie. La profession préparerait en réalité un label « à deux étages ». Le premier niveau comprendrait des critères qualité. Tout fabricant - français, allemand, chinois... - serait susceptible de les satisfaire. Second niveau : l'idée serait de créer une hiérarchie, avec par exemple un nombre d'étoiles décernées à chaque fabricant en fonction de critères de production locale. Un moyen de concilier qualité et proximité sans fausser la concurrence.