Désorienté. Le secteur financier s'est avoué démuni pour intégrer le changement climatique à ses pratiques, lors d'une table-ronde organisée le 11 mai par l'Ademe et le cabinet OTC Conseil. À cette occasion, les résultats d'une étude, commandée par l'Ademe à OTC, ont été présentés. Un questionnaire adressé à 124 acteurs de la sphère financière française, pour un taux de retour de 33 %. Si 63 % des répondants estiment que les risques et opportunités liés au changement climatique contribuent aujourd'hui à la valeur des entreprises, seuls 24 % déclarent les intégrer dans la valorisation de leur portefeuille. En cause, l'incertitude sur les futurs possibles, tant climatiques que réglementaires. Ou encore un éparpillement du sujet dans les institutions financières, entre les spécialistes de l'investissement socialement responsable (ISR), ceux de la finance carbone, ceux des « cleantech »... Le monde de la finance manque surtout d'un langage commun pour définir des indicateurs carbone et d'un cadre juridique fiabilisant les données. Pour établir leurs prévisions, les analystes financiers ont, en effet, besoin d'évaluer le comportement des entreprises. Mais, pour l'instant, « les émissions de gaz à effet de serre constituent la seule vraie donnée disponible », note Hugues Chenet, responsable du pôle environnement d'OTC. Problème : la typologie et la qualité des informations s'avèrent très hétérogènes. « Avec des entreprises qui changent parfois trois fois de méthodes en cinq ans », regrette Stéphane Voisin, responsable de la recherche ISR chez Crédit agricole Cheuvreux. Pire, les financiers manquent globalement d'un cadre d'analyse. « Où doit investir un fonds carbone ? » s'interroge Philippe Zaouati, directeur général délégué de Natixis Asset Management. Pour le décider, des informations qualitatives plutôt que quantitatives sont souvent nécessaires. « Il est indispensable de nous faire notre propre avis en rencontrant les entreprises », estime Stéphane Buttigieg, analyste chez Macif Gestion, qui s'intéresse en particulier à la stratégie R & D des sociétés pour dégager des tendances. Entre la vision financière à court terme et les enjeux climatiques à long terme, le fossé reste à combler.