Le choc des cultures n'est sûrement pas étranger au clash qui oppose Jean-Michel Germa, fondateur de la Compagnie du vent, à son actionnaire de référence, GDF Suez. D'un côté, une entreprise pionnière de l'éolien, fondée en 1991, habituée à se développer par ses propres moyens. De l'autre, un mastodonte, plus grand producteur mondial d'électricité depuis la fusion avec International Power, et régi par des règles industrielles extrêmement rigides. Entre les deux, difficile de faire passer le courant.
Avec 141 éoliennes au large de la Somme et de la Seine-Maritime, le projet de parc offshore des Deux-Côtes est à l'origine du limogeage de Jean-Michel Germa de son poste de P-DG. Mais, entre le dirigeant et GDF Suez, le différent couvait depuis des mois. Depuis 2007, GDF Suez détient 56,8 % du capital de la Compagnie du vent. Pour Jean-Michel Germa, le groupe mène une politique systématique de transfert des actifs et du savoir-faire de sa filiale vers d'autres entités contrôlées à 100 % par GDF Suez. Le groupe possède en effet cinq sociétés dans les énergies renouvelables. Jean-Michel Germa, qui contrôle encore 43,2 % du capital de la Compagnie du vent, évalue le préjudice financier à 480 millions d'euros, dont 245 millions rien que pour le projet des Deux-Côtes. De son côté, GDF Suez rappelle qu'il a investi 156 millions d'euros pour développer la société, en plus des 321 millions d'euros payés pour entrer au capital. Il indique aussi que le changement de président aurait, de toute façon, eu lieu en novembre prochain. Et qu'il doit mettre la Compagnie du vent dans les meilleures dispositions pour remporter l'appel d'offres du parc des Deux-Côtes, en association avec Vinci et Areva. Le contrat exige en effet la création d'une filiale industrielle. Selon le groupe, Jean-Michel Germa ne remplissait pas sa fonction et ne permettait pas d'atteindre les objectifs. Compte tenu de la taille du projet - plus de 2 milliards d'euros d'investissements - GDF Suez n'était certainement pas prêt à engager une telle somme sans avoir le contrôle opérationnel, et pas seulement la majorité du capital.