Cocorico ! La France produit 169 000 tonnes de plantes à fibres par an... en exploitant 84 % des surfaces dédiées en Europe. Et les perspectives de développement sont bonnes. « Compte tenu du contexte pétrolier, les études de marché laissent entrevoir une multiplication par trois de la production », souligne Clément Meirhaeghe, chargé de projet chez Fibres recherche développement (FRD), centre de compétences R & D dans les biomatériaux. Dans une étude publiée en mars, FRD émet des recommandations pour développer la filière.
FRD s'est basé sur une première étude, réalisée en 2005 par l'Ademe, et qui estime à 300 000 hectares en 2035 le potentiel français. Contre 96 000 aujourd'hui. FRD s'est penché sur la disponibilité et l'accessibilité des fibres de lin, chanvre et miscanthus. Son premier constat : ces cultures ne couvrent que 0,3 % de la surface agricole utile (SAU) française. « Même en augmentant la production totale à 300 000 hectares, le pourcentage serait très faible, de l'ordre de 1 % », note Clément Meirhaeghe. Un avis partagé : « Les conflits d'intérêt avec l'agriculture alimentaire n'ont pas lieu d'être », abonde Claude Roy, conseiller général au Cgaaer (Conseil général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux).
Seule l'étendue des fibres étudiées prête à débat. Cyrielle Den Hartigh, chargée de campagne changement climatique aux Amis de la Terre, regrette que la paille de blé et d'orge n'ait pas été prise en compte par FRD : « La paille est très disponible en France. Pourquoi ne pas l'utiliser pour l'écorénovation artisanale ? ». Sa proposition ne fait certes pas l'unanimité. Le ministère de l'Agriculture privilégie des filières à plus grande échelle : « En 2050, il y aura neuf milliards d'habitants, dont 70 % en ville. Il faut mettre en place des systèmes industriels, pas des stratégies individuelles », estime Claude Roy. Mais dans tous les cas, les filières devront être suffisamment structurées. « Actuellement, l'offre de fibres végétales n'est pas lisible du fait de l'atomisation des acteurs, de la méconnaissance de l'organisation des filières agricoles, et de l'hétérogénéité des qualités de matières regroupées derrière le terme fibres végétales », juge Clément Meirhaeghe.
Plus précisément, le tissu industriel de première transformation du lin et du chanvre - séparation de la paille en différentes fractions végétales - est « bien structuré », note le rapport de FRD. « Les producteurs se regroupent et sont capables d'innover », constate Clément Meirhaeghe. Mais les transformations suivantes, qui aboutissent aux produits finis ou semi-finis, sont à renforcer pour éviter l'apparition d'un noeud d'étranglement. Pour s'assurer un approvisionnement sur la durée, les industriels ont adopté différentes stratégies. Ecotechnilin (pièces pour automobiles et bâtiments), De Sutter Frères (panneaux de lin), Safilin (textile) et Buitex (isolation) ont opté pour la contractualisation. Avec engagement sur des volumes, prix et qualités. Safilin réalise en plus des stocks tampons. AFT Plasturgie intègre des producteurs de fibres parmi ses actionnaires. Et Chanvribloc, lui, diversifie ses fournisseurs.
Pour développer le potentiel des fibres végétales, FRD propose d'actionner d'autres leviers. D'abord, à court terme (un à trois ans), une rémunération des producteurs attractive, en particulier en comparaison avec d'autres cultures (céréales, oléagineux...). « De cette rémunération va dépendre les surfaces cultivées », pointe le rapport de FRD. Elle conditionne donc directement le gisement disponible. Dans un premier temps, FRD préconise d'augmenter la production sur des bassins disposant déjà d'un savoir-faire et d'une organisation industrielle. Puis à moyen terme (trois à cinq ans), d'accompagner la création de nouveaux bassins de production, un levier actionnable si de nouvelles perspectives de marché émergent. À long terme enfin (cinq à quinze ans), FRD soutient l'amélioration des rendements et de la qualité des fibres par sélection génétique. Tout comme l'utilisation de nouvelles ressources : sorgho, paille de colza, canne de tournesol, ortie... Un potentiel « inconnu mais semblant prometteur ».