Aucun doute. « Compte tenu de la dégradation globale de la biodiversité, il y a nécessité de revoir les modèles économiques », s'est positionné Jean-Paul Delevoye, président du conseil économique, social et environnemental (Cese). Saisi en février par Matignon, le Cese a adopté, le 29 juin, son avis sur la biodiversité. Il doit être remis à plus de 2 000 élus et acteurs de la sphère publique : ministres, députés, sénateurs, maires, conseillers de l'Élysée... Le texte apporte un soutien clair au protocole, né de la Conférence de Nagoya, sur l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages issus de leur utilisation. Tout comme à l'Ipbes, équivalent du Giec pour la biodiversité. À l'échelon national, il appelle à un véritable changement culturel pour intégrer la biodiversité aux décisions et aux comptabilités publiques et privées. Avec une mise en garde, celle de ne pas monétiser la biodiversité. « Il y a une différence entre donner une valeur et valoriser », nuance Marc Blanc, rapporteur de l'avis. Concrètement, le Cese vante la « vertu du questionnement », formule Anne-Marie Ducroux, présidente de la section de l'environnement. Comprenez : il faut inventorier le capital naturel pour influer sur les consciences... et les pratiques ? Le Cese n'a pas approfondi les moyens pour atteindre ses ambitions. Tout juste signale-t-il qu'une étude a été commanditée par les ministères de l'Écologie et de l'Économie pour « explorer des pistes de transferts de la fiscalité vers la biodiversité » dans la loi de finances 2012, évoque Jean-Paul Delevoye. Passé le constat, il faudra pourtant passer la vitesse supérieure pour s'attaquer à la dégradation de la biodiversité. Sept gestionnaires d'infrastructures, comme RTE et RFF, ont certes officialisé, le 27 juin, la création du « Club infrastructures linéaires et biodiversité » pour coordonner leurs actions. De son côté, le ministère de l'Écologie prévoit d'organiser dix sessions de sensibilisation en 2011, puis autant en 2012, destinées aux entreprises. Mais l'enjeu est colossal. Selon une récente étude de Natureparif, par exemple, seul un emploi sur mille en Ile-de-France a un impact favorable sur la biodiversité.