La raréfaction du pétrole ne préoccupe pas que les automobilistes. La chimie du végétal connaît une nouvelle jeunesse. Ainsi, la start-up américaine Bioamber a démarré une unité de 3 000 tonnes par an d'acide succinique sur le site de Bazancourt (51). Cet intermédiaire est utilisé dans la fabrication de polymères, résines, produits pharmaceutiques et cosmétiques... Chez Bioamber, il est issu de céréales, de canne à sucre, de riz, de lignocellulose ou de glycérine. « Ce composé pourrait aussi remplacer l'acide adipique dans le polyuréthane, utilisé pour les mousses de matelas ; ou les succinates servant au dégivrage des avions », ajoute Babette Pettersen, vice-présidente de Bioamber. Le français Roquette vise aussi ce marché. En collaboration avec le hollandais DSM, il prévoit de démarrer cette année, en Italie, une unité de fabrication de 10 000 tonnes par an. Deux projets parmi les nombreux qui se développent sur la chimie du végétal.
La société Metabolic Explorer prévoit de démarrer, fin 2012, une usine de 8 000 tonnes par an de 1-3 propanediol, qui sert à fabriquer les fibres textiles en polyester. La capacité de cette usine pourrait ensuite être portée à 50 000 tonnes. « Nous utiliserons un sous-produit de la production du biogazole », précise Benjamin Gonzalez, fondateur de Metabolic Explorer. Autre molécule, l'acide polylactique (PLA), notamment utilisé dans l'emballage alimentaire. Futerro, société conjointe de Total et Galactic, a lancé en avril 2010 une unité de démonstration, et envisage désormais le passage à la phase industrielle de 70 000 tonnes par an. Le français est néanmoins en retard sur l'allemand BASF, qui propose déjà un plastique biodégradable, Ecovio, composé à 45 % d'acide polylactique. Et surtout, aux États-Unis, Natureworks possède une unité de 140 000 tonnes par an.
Le brésilien Braskem a inauguré, en septembre 2010, une unité de production de 200 000 tonnes par an de polyéthylène (PE), et prévoit le démarrage, fin 2013, d'une usine de 30 000 tonnes de polypropylène (PP). La Compagnie industrielle de la matière végétale (CIMV) s'intéresse, elle, aux matières premières non alimentaires, notamment la paille. Son procédé sépare et valorise cellulose, hémicellulose et lignine. Elle construit une usine à Loisy-sur-Marne (51), en Champagne-Ardenne. Elle pourrait traiter 600 tonnes de paille de blé par jour, dès 2012, pour produire de la cellulose pour du papier, des résines phénoliques et des sucres pour l'alimentation animale ou les biocarburants.
Entre la faisabilité technique et la création d'une nouvelle industrie, il y a toutefois un pas que le marché est encore loin de franchir. Globalement, les molécules d'origine végétale sont de deux types. Soit elles se substituent à des molécules existantes. Pour s'imposer, elles doivent alors être moins chères... et compatibles avec les usines actuelles : un complexe chimique est très coûteux à développer et se construit pour plusieurs dizaines d'années. Soit c'est un nouveau produit, pour lequel un marché doit être créé, et dont il faut tester la toxicité, ce qui est rarement à la portée des PME. Pour Moussa Naciri, directeur des sociétés Oleon et Novance (groupe Sofiprotéol), « les produits d'origine végétale peuvent remplacer certaines substances bientôt interdites, comme les phtalates ou les lubrifiants utilisés dans les zones sensibles, par exemple les huiles de tronçonneuses, qui se retrouvent dans la nature ». À condition de surmonter un dernier obstacle : la formation. « La chimie verte n'est enseignée que tardivement dans les cursus et de manière très succincte », regrette Sylvain Caillol, délégué général de la chaire Chemsud. La formation sera pourtant incontournable, notamment pour réaliser des analyses de cycle de vie. Et faire concilier végétal et durable.