Rien n'y fait. L'Union européenne s'est certes fixé comme objectif de réduire de 20 % sa consommation énergétique en 2020, par rapport à la tendance actuelle. Mais si la dynamique actuelle perdure, et « si des actions d'incitation publiques ne sont pas déployées dans des délais courts, cet objectif ne sera atteint qu'à moitié... Au mieux », martèle-t-on dans l'entourage du Commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger.
Dans un projet de directive proposé fin juin, le commissaire a établi une série de « mesures simples » visant à accélérer la cadence.
Car « les objectifs indicatifs que ce sont fixés les États membres ne sont pas suffisants », diagnostique Vincent Berrutto, chef de l'unité Efficacité énergétique de l'agence exécutive pour la compétitivité et l'innovation (AECI), qui dépend de la direction Énergie de la Commission. Les États-membres doivent réaliser en 2020 une économie de 368 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) sur une consommation totale projetée de 1 842 Mtep. Or, les plus récentes projections augurent d'une réduction limitée à 164 Mtep. Soit une réduction de 9 % au lieu des 20 % escomptés.
En conséquence, dans le projet de directive, les entreprises de distribution ou de vente d'énergie au détail seront tenues de réaliser chaque année, au niveau des consommateurs finaux, des économies d'énergie représentant 1,5 % de leurs ventes en volume par la mise en oeuvre de mesures d'efficacité énergétique. Le secteur public est invité à donner l'exemple : chaque année, la fonction publique et les collectivités locales devront réduire progressivement leur consommation d'énergie via la réalisation de travaux de rénovation, qui devront représenter chaque année 3 % de la surface au sol des bâtiments. À comparer avec leur tableau de marche actuel d'environ 1,5 %. Le texte recommande aussi que les consommateurs puissent gérer leur consommation d'énergie grâce à un accès aisé et gratuit aux données relatives à leur consommation en temps réel et à leur historique de consommation. Allusion au développement, jugé encore trop timide, des services de maîtrise de l'énergie en aval du compteur électrique. Les entreprises ne sont pas oubliées ,puisqu'elles seraient « encouragées » ou « tenues », en fonction de leur taille, de réaliser des audits énergétiques et de diffuser des bonnes pratiques. Mais ce catalogue de propositions - rendu public quelques jours après l'installation par Nathalie Kosciusko-Morizet d'une concertation en France sur l'efficacité énergétique a été accueilli fraîchement. Ainsi, selon un porte-parole des élus Verts européens, « ce texte n'a rien prévu ou presque pour le parc de logements privés qui représente tout de même plus de 40 % de la consommation énergétique européenne ». Par ailleurs, les mesures envisagées par Bruxelles, fruits de négociations et de compromis byzantins, repoussent l'échéance d'éventuelles sanctions à 2014. À cette date, « il est prévu que si les résultats ne sont pas suffisants, la Commission réfléchira à proposer des objectifs nationaux contraignants », évoque Anne Houtman, chef de la représentation en France de l'Union européenne. Pour l'instant, les mesures laisseraient « une trop grande autonomie aux gouvernements nationaux dans l'application des règles, au risque d'affaiblir la portée du texte » estimait-on de façon non-officielle à l'Ademe. Les États-membres pourraient ainsi exonérer les distributeurs d'énergie de leurs obligations.Le projet de directive a aussi été attaqué en coulisses par les services de la Commissaire européenne au climat Connie Hedegaard. Ils ont laissé entendre qu'imposer à l'industrie de nouvelles exigences en matière d'efficacité énergétique aboutirait à une réduction des émissions de dioxyde de carbone. Donc à un effondrement probable du prix des quotas de CO2 au moment où il est prévu de les mettre aux enchères. Et de rappeler que près de 50 % du produit de ces enchères doit financer des actions dans le domaine des transports... et de l'efficacité énergétique.