Quel sera l'impact de la crise de la dette dans la zone euro et des tensions interbancaires qu'elle entraîne ? Vont-elles provoquer le même phénomène de tarissement du crédit qu'avait engendré la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008 ? Pour les investisseurs et les industriels des énergies renouvelables, la question résonne de plus en plus. Ce secteur, par nature, finance une grande partie de son développement à crédit. Au-delà des évolutions réglementaires plus ou moins brutales des tarifs de rachat de l'électricité, « l'accès à la ressource financière, son renchérissement - voire son tarissement possible - représentent une contrainte très forte pour le secteur en Europe, que ce soit dans l'éolien ou le solaire photovoltaïque », écrivaient récemment dans une note financière les analystes de la Société générale. Une centrale, éolienne ou solaire, dont l'électricité est vendue via des contrats à très long terme - quinze ou vingt ans - supporte traditionnellement un endettement de 70 % à 80 % du montant du projet. Même partielle, une fermeture des vannes du crédit pourrait avoir deux conséquences. Soit un surcoût de financement, les banques augmentant le niveau de leur taux. Soit une baisse du nombre de projets mis en construction. Lors de la faillite de Lehman Brothers, « une situation analogue avait conduit à une réduction du marché éolien de 12 % en Europe, avec un décalage temporel d'environ douze mois », rappelle la Société générale. « Nous sommes confrontés depuis quelques semaines à une forte volatilité des conditions proposées par les banques », témoigne un professionnel de l'éolien. Les experts de la Société générale calculent, par exemple, qu'une « augmentation des taux de financement de 100 points de base dans le solaire augmente le coût de production électrique de 6 %, induisant une réduction théorique des investissements de 6 % ». Ce contexte pourrait avoir un effet indirect nuisible sur la filière photovoltaïque, en renforçant encore un peu plus la pression sur les prix de vente du matériel et précipiter la chute de certains fabricants déjà en difficulté (lire EMC n° 106).