La crise dans la zone euro menace la finance carbone. Comme en 2008-2009, le ralentissement économique et la baisse parallèle de l'activité des industriels provoquent une forte chute des cours de la tonne de CO2. Elle est tombée à des niveaux inconnus depuis plus de deux ans et demi : 9,82 euros la semaine dernière, soit une chute de près de la moitié par rapport au cours le plus haut de 2011 en mai. Un phénomène amplifié récemment par la mise aux enchères par la Grèce de permis pour renflouer ses finances publiques. À ces niveaux, les grands industriels émetteurs de CO2, comme les cimentiers ou les producteurs d'électricité, ont peu intérêt à lancer des programmes d'investissements dans des technologies ou des énergies propres. Mieux vaut acheter des permis d'émission. Si elle devait perdurer, la baisse pourrait ainsi menacer le programme européen de subventions de projets de stockage de CO2. L'Union européenne a ainsi prévu de vendre 300 millions de permis, lors de sa prochaine adjudication de quotas pour financer ce type de projets. Si le phénomène a déjà été constaté en 2008-2009, avant de se résorber avec la reprise, de plus en plus de voix appellent à une modification du système pour éviter que cette nouvelle crise ne le rende définitivement inefficace, alors qu'une partie de sa crédibilité a été entamée par le scandale des fraudes au CO2. Récemment, le pétrolier Shell, qui développe une filiale dans les ENR, a demandé la mise en place d'un prix plancher pour assurer la rentabilité de ces projet, voire le retrait de certains pays du système pour éviter un afflux trop massif de permis sur le marché conduisant à une baisse des prix. Si elle n'est pas directement liée à la crise du carbone, la vente récente par Veolia Environnement de sa société d'investissement dans les ENR, Eolfi Asset Management, démontre la difficulté de plus en plus grande pour les développeurs d'obtenir des niveaux de rentabilité suffisants face aux sommes à engager. Récemment, les analystes de la banque américaine Citigroup calculaient qu'il faudrait engager 900 milliards d'euros d'investissements pour atteindre l'objectif de 20 % d'énergies renouvelables dans la production électrique européenne en 2020.