En se donnant pour objectif de satisfaire 64 % du volet chaleur renouvelable grâce à la biomasse, la loi Grenelle 2 pousse au développement du bois-énergie. Pourtant, certaines formes de chauffage au bois polluent. En France, sur l'ensemble des émissions de particules, le chauffage au bois contribue pour 22 % aux particules grossières (PM10, de diamètre inférieur à 10 µm) et 37 % aux particules fines (PM2,5). « Ces valeurs peuvent atteindre 50 à 60 % en hiver », signale Isabelle Derville, à la Direction générale de l'énergie et du climat du ministère de l'Écologie. Et une étude récente menée par Airparif révèle que, parmi les 30 % de particules produites localement en Île-de-France, la contribution du chauffage résidentiel au bois est identique à celle du trafic routier.
La France, d'ailleurs, est en contentieux avec l'Europe pour non-respect des normes de la directive sur les PM10. Un Plan particules entend réduire de 30 % les émissions de particules fines dans l'air ambiant d'ici à 2015. La recette ? « Proscrire les formes polluantes du chauffage au bois », propose Julien Allirot, chargé de mission énergie et référent biomasse au sein de l'espace info-énergie de l'Isère. Le chauffage domestique au bois est le principal fautif. « 70 % du parc d'appareils domestiques est ancien », évalue Roland Gérard, chef adjoint du service bioressources de l'Ademe. Or, « l'écart entre les émissions de particules d'un poêle ancien et d'un moderne à bûches peut atteindre un facteur 20 », chiffre Julien Allirot. La Programmation pluriannuelle des investissements de production de chaleur 2009-2020, l'écoprêt à taux zéro ou encore des crédits d'impôt donnent la priorité à la modernisation du parc. Sans oublier, à l'image de Rhône-Alpes et de l'Isère, les aides financières de certaines collectivités locales.
Cependant, « même modernes, les appareils domestiques ont des performances inférieures aux chaufferies collectives équipées de filtres », tempère Vincent Le Biez, chef du service énergie, climat et véhicules à la Driee Île-de-France. C'est pourquoi l'État prévoit « un développement de la filière bois-énergie essentiellement via de grandes installations de combustion », rappelle Isabelle Derville. Classées ICPE à partir de 2 MW, elles sont équipées de systèmes de filtration très performants, comme les filtres à manches. Pour des puissances inférieures au mégawatt, par contre, le coût d'une filtration performante est si élevé qu'il n'existe parfois aucune solution viable.
Sur le plan réglementaire, le schéma régional climat, air, énergie est l'exemple type d'une approche globale, intégrant la qualité de l'air et le déploiement des énergies renouvelables. Il vient s'ajouter aux plans de protection de l'atmosphère (PPA). Ces plans s'imposent partout où les concentrations en PM10 dépassent les normes européennes, et pour toutes les agglomérations de plus de 250 000 habitants. Lyon, Paris, Grenoble, Saint-Étienne et certaines vallées alpines comptent parmi les 33 PPA français. Mais ce n'est qu'à la suite de leur révision, proposée par le Plan particules, que ces plans se sont réellement penchés sur l'impact du chauffage au bois sur la qualité de l'air. Le groupe de travail rhônalpin « qualité de l'air et bois-énergie », déjà bien avancé sur la question, relève deux priorités : agir sur toutes les sources d'émissions et développer le bois-énergie dans des installations collectives équipées, dès que possible, de filtres permettant d'aller au-delà de la réglementation.
En dernier recours, les PPA peuvent fixer des mesures plus restrictives que la réglementation nationale. Lors de la révision de certains plans, l'interdiction des équipements peu performants et l'instauration de normes d'émissions plus strictes sont envisagées. Faut-il aller jusque-là ? Les discussions sont en cours. Le sujet est sensible. Économique, le bois est parfois le seul moyen de chauffage pour des foyers modestes