Pour le syndicat PlasticsEurope, la planète aurait tout à gagner en substituant des plastiques à d'autres matériaux plus pondéreux ou plus énergivores.
La fabrication de matières plastiques ne représente que 4 % des applications du pétrole. Est-ce une raison pour ne pas faire d'efforts en termes d'efficacité énergétique et d'émissions de gaz à effet de serre ? Évidemment, non. Mais les plastiques peuvent faire bien davantage face au changement climatique. Le syndicat PlasticsEurope des producteurs européens de matières plastiques a rendu publique une étude sur « la contribution des plastiques aux économies d'énergie et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Réalisée par le cabinet autrichien Denkstatt, elle aboutit à la conclusion suivante : pour la planète, mieux vaut convertir les utilisateurs d'autres matériaux (verre, métal, bois, etc.) aux polymères plastiques qu'infliger à la filière moult efforts d'écoconception et d'efficacité énergétique en usine.
D'après Denkstatt, qui se concentre sur deux critères, le CO2 et l'énergie de process, trois chiffres parlent d'eux-mêmes : le remplacement des plastiques en Europe (Union européenne à 27, Norvège et Suisse) par d'autres matériaux alourdirait les produits étudiés d'un facteur 3,7. Une telle opération ferait augmenter de 57 % leur consommation énergétique sur leur cycle de vie, et les émissions de gaz à effet de serre associées de 61 %. En clair, si les plastiques n'existaient pas, il faudrait les inventer. « Ce raisonnement est particulièrement vrai dans le secteur de l'emballage. Une barquette de viande sous vide plutôt que la même portion de viande en vrac requiert certes de l'énergie et émet plus de CO2 à la production, mais permet d'en économiser bien davantage à l'usage, explique Michel Loubry, directeur de PlasticsEurope pour l'Europe de l'Ouest. En effet, l'emballage minimise le gaspillage et repousse la durée de péremption. Sur le cycle de vie, le bénéfice d'usage est treize fois supérieur. » Selon Denkstatt, il en va de même pour la plupart des 173 applications étudiées : composites incorporés dans les avions ou les voitures, pales d'éoliennes, où le bénéfice d'usage atteindrait un facteur 140. La palme revient au secteur du bâtiment : « Si la moitié des bâtiments en Europe était isolée avec les meilleures technologies plastiques, les économies seraient de 340 millions de tonnes de CO2, soit 35 % des émissions actuelles des bâtiments ou 45 % des objectifs Kyoto pour l'Europe », écrit Plastics-Europe.
Les chiffres sont éloquents. Sur ce constat, qu'envisager d'autre que des plastiques pour les cartes mémoire d'appareils photo, par exemple... s'ils réduisent le bilan énergétique d'un facteur 26 à 77, et les émissions de CO2 de 29 à 107, par rapport aux pellicules en métal ? « Le plastique permet, dans bien des cas, d'économiser des ressources tout au long du cycle de vie, sachant que c'est la phase d'utilisation, chez le consommateur, qui est la plus impactante », résume Michel Loubry. Fort de ces arguments, la profession travaille aujourd'hui sur des substitutions inattendues, comme la jante automobile en composites en lieu et place de celle en aluminium. Après tout, on a bien remplacé la bouteille d'eau en verre par la bouteille en plastique : « Avec les films de transport et les autres emballages souples, ce sont les bouteilles de boissons qui contribuent le plus aux économies d'énergie, et d'émissions de gaz à effet de serre, dans le secteur de l'emballage, par rapport à un scénario zéro plastique. Même si on ne les recyclait pas du tout en fin de vie, leur bénéfice d'usage serait positif », argumente Michel Loubry.
En termes d'énergie et de CO2, le bénéfice est réel, a fortiori si les plastiques proviennent de sources végétales renouvelables, comme la canne à sucre. Certains secteurs seraient pénalisés sur l'une des étapes du cycle de vie (par exemple la gestion des déchets pour le BTP), mais les bénéfices obtenus ailleurs feraient plus que compenser. On referme donc l'étude de Denkstatt avec le sentiment qu'il faut d'urgence plastifier le monde, étant entendu que le document passe sous silence les autres impacts environnementaux et sanitaires des plastiques. Reste néanmoins une question : un monde de polypropylène, de polycarbonate et de polystyrène expansé est-il plus enviable qu'un monde où subsisteraient papier, carton, verre et métaux ?