Dans toute industrie, le phénomène est inévitable. Mais la crise joue un rôle accélérateur. Les énergies renouvelables sont entrées dans une vive phase de concentration. La vague touche aujourd'hui les plus grands. L'an dernier, EDF avait absorbé sa filiale Énergies Nouvelles. Idem pour GDF Suez, qui a pris en main la Compagnie du Vent. Dernièrement, Aérowatt a signé un accord pour passer dans le giron du groupe suisse Kleinkraftwerk Birseck AG (KKB) pour un montant de 39 millions d'euros. Ces rapprochements tendent à faire disparaître les acteurs indépendants. Ils sont en partie liés à la phase de développement de la filière. Soutenus au début des années 2000 par des investisseurs financiers attirés par la croissance du secteur et les mesures d'aides fiscales, les opérateurs sont aujourd'hui confrontés à la volonté de sortie de leurs actionnaires historiques... qui veulent réaliser leur plus-value et éventuellement investir dans des technologies plus prometteuses. Symbolique, le départ récent des dirigeants historiques d'EDF Énergies Nouvelles, notamment celui du fondateur Pâris Mouratoglou, marque aussi l'entrée de l'éolien et du solaire français dans une ère de maturité.
Surtout, les sommes considérables aujourd'hui nécessaires pour développer de nouvelles centrales font sortir du jeu les plus petits acteurs. D'autant que l'accès au crédit s'est considérablement durci ces derniers mois. Une société comme Aérowatt affiche par exemple un endettement représentant 7,7 fois son résultat opérationnel, ce qui contraint fortement ses capacités de développement. En s'associant avec KKB, et en offrant en contrepartie des garanties industrielles plus fortes, le groupe pourra plus facilement accéder à de nouveaux financements. Ces rapprochements devraient donc se multiplier cette année. Alors qu'il vient de passer le cap des 1 000 MW installés en France, ce qui en fait l'acteur numéro un avec 16 % du marché éolien, GDF Suez a prévenu qu'il comptait encore doubler son parc d'ici à 2016, ce qui passera nécessairement par des acquisitions.