Quel regard portez-vous sur la trajectoire énergétique de la France ?
Il y a deux lectures possibles du record de consommation de début février. La première consiste à considérer qu'on a évité le pire, grâce à des gestionnaires de réseau qui ont plutôt bien fait leur travail. L'autre est qu'il est temps de changer de modèle. Le pays est doté d'une sécurité d'approvisionnement électrique satisfaisante en base, mais pas en pointe. Certes, on n'a pas assez diversifié nos sources de production, mais surtout on n'a rien fait sur les économies d'énergie. De bonnes choses ont été entreprises dans le bâtiment neuf, grâce aux réglementations thermiques, mais c'est à la marge. On a négligé les leviers d'action en termes de comportements. EDF a supprimé le dispositif de l'effacement jour de pointe (EJP), ce qui va dans le sens inverse d'une sensibilisation de nos concitoyens ! Nous sommes victimes du libéralisme des directives européennes, qui ont imposé l'ouverture du marché. Elles ont mis en place des acteurs nouveaux, dont aucun n'a intérêt à vendre de l'économie d'énergie. Mais plutôt à ce que la pointe demeure. Elle fait monter le tarif moyen du kilowattheure. Cela arrange l'opérateur dominant et permet à des acteurs produisant peu de vendre cher de l'électricité de secours. Tout le monde y trouve son compte, sauf les consommateurs.
Comment faire évoluer le mix électrique ?
L'objectif est de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50 % à l'horizon 2025-2030. Durant le prochain quinquennat, deux premières décisions seront prises : fermer la centrale de Fessenheim et mettre en service l'EPR de Flamanville. Dans le même temps, il faudra mettre le paquet sur les économies d'énergie, en réhabilitant 600 000 logements par an parmi les pires passoires énergétiques. En parallèle, nous développerons les filières industrielles du renouvelable, et donnerons un coup d'accélérateur à la recherche sur l'optimisation des rendements et des disponibilités. Mais le premier segment de la trajectoire, ce sont les économies d'énergie. Si on arrive à stabiliser la consommation d'électricité, ce sera déjà une prouesse au regard des nouveaux usages. Le tout, sans alourdir la facture du consommateur. L'enjeu est de développer des filières matures avec, pour chacune, un effort sur le stockage. Autre sujet : l'autoconsommation, très peu développée dans notre pays. Ne faut-il pas aller vers un tarif d'achat garanti seulement pour ce qui n'est pas autoconsommé ? Sans, bien entendu, le modifier tous les trois mois. Les appels d'offres peuvent demeurer pour les grosses puissances, mais il serait judicieux d'introduire une composante régionale.
La loi Nome ouvre-t-elle suffisamment le marché ?
Votre question aurait pu être : est-ce que vous pensez qu'il est intelligent d'ouvrir le marché de l'électricité ? J'aurais alors répondu non, car du temps des monopoles, cela fonctionnait bien. EDF et GDF garantissaient un accès universel à l'énergie avec des tarifs relativement modérés. Depuis que le marché s'est ouvert, c'est l'inverse. Les prix ont augmenté, des opérateurs font de l'abonné, pour ensuite revendre leurs fichiers comme dans les télécoms. Les pointes de consommation n'ont pas diminué, au contraire. La loi Nome est un sparadrap pour répondre aux exigences de la Commission européenne. Il faut revisiter ce texte. J'espère juste que la prochaine étape ne sera pas les infrastructures.