La période d'expérimentation nationale d'un affichage environnemental pour les produits de grande consommation touche à sa fin. Lancée le 1er juillet dernier, elle a mobilisé, pendant un an, 168 producteurs, distributeurs et regroupements professionnels. Objectifs : aider le consommateur à devenir plus responsable en prenant conscience de l'impact environnemental de ses achats, et pousser le fabricant à miser sur l'écoconception. Conformément à la loi Grenelle 2, le bilan devrait prendre la forme d'un rapport présenté au Parlement d'ici à la fin de l'année. Mais si les options multiples retenues par les pionniers ont fait la richesse de l'expérimentation, « elles sont un facteur de complexité s'il y a une généralisation », analyse Philippe Joguet, responsable des actions de développement durable à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD).
Première question à éclaircir : qu'entend-on par affichage ? « Il est préférable d'accompagner le consommateur avec une information complète et donc déportée plutôt que sur l'étiquette », juge Carole Fonta, directeur du développement durable à l'Ania, une association qui rassemble les industriels de l'agroalimentaire. À l'image de Proxiproduit ou de Greencode Info, plusieurs applications mobiles permettent au consommateur de scanner le code-barres d'un produit avec son téléphone. « Insuffisant », estiment les plus ambitieux. « L'enjeu est de faire cohabiter l'étiquette et le prix de manière visible et repérable », estime Souâd Taïbi, responsable qualité chez Biocoop. Mais comment faire tenir une information complexe sur un petit bout de papier ? Une note globale ? Cette proposition est loin de faire l'unanimité. Alors qu'il est difficile d'évaluer le coût en CO2 ou en eau d'un produit, comment pondérer chaque critère pour obtenir une unique note objective ? « Cela revient à additionner des choux et des carottes, pour Nathalie Beriot, directrice des affaires scientifiques et réglementaires chez Nestlé France. Nous préférons mettre en avant des valeurs absolues, éventuellement en apportant des éléments de comparaison » (x grammes de CO2, soit y kilomètres parcourus en voiture par exemple). Directeur général d'Hop-Cube, société spécialisée dans la valorisation des informations environnementales, Romain Vailleux défend lui plutôt l'idée d'une note globale. « Il est essentiel d'avoir un premier niveau de lecture. Nous nous sommes rendus compte que les valeurs absolues n'avaient aucun sens pour le consommateur. » Note, lettre globale ou par critères, données de comparaison... L'Ademe et l'Afnor travaillent à établir des méthodes d'évaluation communes à tous, et donc des résultats comparables. Une quinzaine de référentiels précisent aujourd'hui la méthode à appliquer pour calculer l'impact environnemental d'une paire de chaussures, d'un meuble en bois ou encore d'une couche. « Nous couvrons la plupart des catégories de produits », se félicite Christine Cros, chef du service éco-conception et consommation durable à l'Ademe. Tout n'est pas rose pour autant. La question des règles d'allocation des sous-produits est par exemple très sensible : si la valorisation animale permet d'obtenir de la viande, du lait et du cuir, comment définir l'impact environnemental de chaque filière ? Au sein de la plateforme Ademe-Afnor, un groupe tente de résoudre cette délicate équation. En vain pour le moment. L'Ademe travaille parallèlement à la création d'une base de données publique multicritères. La première mouture sera publiée cet été. Objectif : faire en sorte que les fabricants ou leur bureau d'études utilisent les mêmes. « Attention : les entreprises qui se sont impliquées sont celles qui avaient déjà des données à disposition. Elles ne sont pas représentatives de l'industrie en général », prévient Carole Fonta. Même les pionniers n'ont choisi qu'une poignée de produits. Le chantier débute à peine.