Le cabinet de conseil Tec a mené une étude auprès de ménages français. L'occasion d'esquisser les leviers pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de ce public très diffus.
Les ménages sont-ils sensibles à la problématique carbone ?
Tec a remporté en 2009 un appel à projets du ministère de l'Écologie. Dans le cadre de son programme « Gestion et impact du changement climatique », nous avons mené un projet intitulé « Les budgets carbone individuels, de la théorie à la pratique ». Il s'agissait d'une étude sociologique auprès de 25 ménages français, couplée à des simulations économiques et des bilans d'émissions de gaz à effet de serre. Nous nous sommes limités à des ménages de la classe moyenne, qui ont un minimum de leviers pour changer leurs pratiques. Mais nous avons sélectionné différents profils, ruraux ou urbains, avec ou sans voiture, vivant à Paris ou en province… Pour chacun, nous avons chiffré 80 mesures de réduction des émissions, comme « changer de voiture », « manger moins de viande » et « isoler son habitation ». À chaque fois, après lui avoir laissé le temps de s'approprier les résultats, nous avons demandé au ménage quelles seraient ses priorités d'actions. Au final, en moyenne, les émissions ont été réduites de 37 %, avec une fourchette allant de - 25 % à - 62 %. Les ménages ont réussi à se projeter dans une réalité sous contrainte carbone. En toile de fond, nous avions l'idée qu'ils pourraient – dans un avenir lointain – se voir attribuer des budgets carbone annuels. Nous voulions savoir comment ils feraient des arbitrages. Privilégie-raient-ils les transports ? L'alimentation ? Le logement ?
À quelles conclusions avez-vous abouti ?
Les transports sont en général le poste prépondérant, en termes d'émissions comme de solutions pour les réduire. Mais ce n'est pas forcément celui que les ménages privilégient. Les transports sont en effet associés à des fonctions soit très désirées, comme prendre l'avion pour des voyages, soit contraintes, comme le trajet domicile travail. Ils préfèrent agir sur le logement ou l'alimentation. Les priorités diffèrent ensuite selon le profil du ménage. Les plus aisés choisissent en priorité de payer pour ne pas changer leurs habitudes. Ils vont par exemple acheter une voiture moins émettrice, plutôt que de rouler moins. A contrario, les moins aisés modifieront leurs habitudes. Tous au final réalisent des économies.
Quelles sont les principales sources de motivation ?
Plutôt qu'à la dimension écologique, les ménages sont sensibles à la lutte contre le gaspillage, mais aussi aux arguments de santé et bien-être. La convivialité est aussi un levier efficace. Ainsi, manger local est souvent perçu comme une opportunité pour rencontrer les producteurs. Il existe aussi un vrai effet d'entraînement collectif. Il semble intéressant de s'appuyer sur des projets citoyens développés autour de communautés. Tout cela n'empêchera pas d'avoir à lever certains blocages. Mais selon les périodes de leur vie, nous avons noté que les ménages étaient plus ou moins réceptifs à certaines solutions. Par exemple, lorsque des enfants naissent, leurs parents privilégient les actions sur le logement à celles sur les transports. Par ailleurs, un ménage isolera plus volontiers son habitation au moment où il l'acquiert, qu'après. En fin de carrière professionnelle, par contre, les gens ont tendance à voyager davantage et les transports constituent un levier efficace. Mais c'est un champ sur lequel il faut plus de pédagogie. En termes de communication comme de dispositifs de soutien, l'accent est aujourd'hui trop mis sur le logement. Au détriment des transports et de l'alimentation.