Lundi dernier, la chancelière allemande Angela Merkel a reconnu que l'Allemagne aurait du mal à atteindre son objectif d'un million de voitures électriques (VE) sur ses routes d'ici à 2020. Dans ces conditions, on ne voit pas pourquoi la France, éternellement complexée vis-à-vis de son voisin, atteindrait le sien. Deux millions de VE en 2020 : le pari de Jean-Louis Borloo en 2010 était osé ! Pourtant, électrifier les voitures est plus pertinent de ce côté-ci du Rhin que de l'autre, car l'électricité allemande sera de moins en moins nucléaire et de plus en plus d'origine fossile. Surtout si Berlin ne tire pas de câbles supplémentaires pour acheminer le courant éolien du Nord vers les consommateurs du Sud. Comble du paradoxe : notre petite Twizy nationale, le quadricycle électrique de Renault, se vend trois fois mieux en Allemagne qu'en France…
Quelques notes d'espoir tranchent avec ce pessimisme. D'abord, l'annonce de la rentabilité proche d'Autolib, le service d'autopartage électrique parisien (lire p. 6). Ensuite, l'avalanche d'annonces vertes au Mondial de l'auto, en plein serrage de vis gouvernemental sur le prix des carburants. Prenons celle-ci, au hasard : le lancement de Move & Plug, « plateforme communautaire d'aide à la mobilité électrique » (géolocalisation des bornes de charge, etc.), bébé commun à Axa, EDF, Europcar, Navteq et Schneider. Schneider a aussi signé avec des constructeurs auto pour promouvoir ses bornes de recharge maison (lire p. 8). Il faut dire que la facilité de recharge sera un élément clé dans la réussite du VE. « 60 % des consommateurs (42 % en France) sont ouverts à l'idée d'acquérir un véhicule électrique. Mais les sondés disent préférer passer moins de temps pour recharger leur VE, quitte à payer plus », exposait Patrice Mallet, du cabinet Accenture, lors d'un récent débat d'Enerpresse. Attention : la rapidité de charge va vite buter sur la robustesse du réseau. « Une charge rapide à 22 kW exige un plus gros tuyau, qui sera sollicité aux heures de pointe, et délivrera donc une électricité davantage chargée en carbone », avertit Vincent Brunel, chez Schneider Electric.