La finance carbone française remise ses ambitions. L'Hexagone va voir s'éteindre dans les prochains jours Bluenext, la bourse du CO 2 détenue à 60 % par Nyse Euronext et à 40 % par CDC Climat. Les transactions seront coupées à partir du 5 décembre et les comptes seront fermés le 17 décembre. La Bourse employait une trentaine de personnes et comptait une centaine de membres. La crise n'est pas étrangère à cette fermeture, les échanges de quotas de CO 2 entre industriels ayant légitimement ralenti avec la baisse de l'activité économique. Moins de production industrielle implique moins d'émissions de CO 2 . Par ailleurs, la directive européenne de 2011 sur l'efficacité énergétique a nui au marché. En demandant aux industriels de réduire leurs émissions de CO 2, la direction entraîne de facto une baisse des besoins de « permis de polluer ». Conséquence, le cours des quotas de CO 2 s'est effondré autour de 8 euros ces derniers jours, après avoir plafonné à 35 euros en 2008. L'image de marque de la Bourse française du carbone a également souffert de l'affaire de la fraude à la TVA, ce qui lui avait valu un redressement fiscal de 32 millions d'euros. Certains intervenants ont pu utiliser ce prétexte pour se détourner vers d'autres plateformes d'échanges. Mais c'est surtout la décision de la Commission européenne de ne pas sélectionner Bluenext pour organiser la distribution des permis à polluer au niveau européen qui a précipité sa chute. Alloués gratuitement, les quotas seront pour moitié mis aux enchères lors du passage à la phase 3 du système européen, attendu en 2013. La distribution européenne a été confiée à la plateforme allemande European energy ex-change (EEX), l'une des toutes premières Bourses d'échange des quotas de CO 2 avec l'américaine Ice et le britannique European Climate Exchange (ECX). Selon plusieurs intervenants, la disparition de Bluenext ne devrait pas engendrer de déséquilibres. La Bourse était avant tout spécialisée sur les échanges au comptant (marché spot), alors que de nombreux industriels ont opté ces derniers mois pour les transactions dites à terme (à une date future), l'une des grandes spécialités d'EEX.