Comment, à la fois, faire des économies et relancer l'activité ? Siemens Financial Services (SFS) avance une solution : la chasse aux gaspis dans le secteur industriel. « L'inefficacité en matière de consommation énergétique coûte très cher », martèle un rapport que vient de publier la société de financement du groupe allemand : 2,7 milliards d'euros sur cinq ans pour la seule économie française, estime l'étude. Ce chiffre correspond précisément aux dépenses qui pourraient être évitées si l'ensemble des industriels installaient des variateurs de vitesse sur leurs moteurs électriques. Compte tenu du prix de son électricité, la France est loin d'être la plus dépensière dans un classement qui compte dix pays. Malgré une industrie moins développée, les gains seraient par exemple à peu près équivalents en Espagne. De l'autre côté du Rhin, ils pourraient atteindre près de 6,5 milliards d'euros.
Le principe d'un variateur est d'optimiser la vitesse de rotation d'un moteur en fonction de son utilisation. La technologie est adaptée à 50 à 70 % des procédés, SFS ayant retenu la fourchette basse dans ses calculs pour ne pas être accusée d'exagérer ses résultats. L'avantage du variateur est net pour les pompes, ventilateurs et autres compresseurs. Dans une moindre mesure, il est adapté aux mélangeurs, aux centrifugeuses, aux compresseurs à pistons et aux extrudeuses. Le recours à cet élément est pourtant ultra-minoritaire (pas plus de 15 % en Europe). Des progrès sont tout de même faits en la matière, puisque 30 % des moteurs électriques neufs vendus en Allemagne en sont équipés (un peu moins en France). Suivant l'application, les variateurs réduisent la consommation d'énergie de 20 % à 70 %. Et « en plus des économies, ils offrent des avantages tels que le démarrage progressif des équipements, la réduction de la consommation de courant au démarrage, la réduction des contraintes mécaniques et un facteur de puissance élevé », insiste l'étude. D'autres atouts sont régulièrement mis en avant par les fabricants, en particulier l'allongement de la durée de vie des équipements et la réduction des coûts de maintenance, les machines étant moins sollicitées.
Mais les industriels sont-ils en mesure d'investir massivement ? Ils y ont tout intérêt à en croire SFS. « Si l'on considère l'ensemble des coûts d'exploitation sur toute la durée d'utilisation d'un moteur industriel, la consommation électrique constitue à elle seule 95 % du coût global ». L'étude cite d'ailleurs quelques cas concrets d'entreprises qui ont vite fait leur calcul avant de franchir le pas. Le fabricant de verre britannique Allied Glass Containers a réduit la consommation de ses ventilateurs de refroidissement de 40 % et diminué ses émissions de CO 2 de 2000 tonnes. Retour sur investissement : 10 mois ! En Europe toujours, « une grande aciérie » a mis moins de deux ans à rentabiliser ses travaux sur trois pompes à haute pression de 2,7 MW.
Au-delà des variateurs de vitesse, les industriels ont d'autres pistes à explorer pour réduire leur facture énergétique. D'abord, l'installation de moteurs à hauts rendements énergétiques, largement encouragés par la réglementation européenne qui prévoit l'élimination progressive des moteurs dit IE1 et IE2. Cette nouvelle génération de matériel représente elle aussi 40 % d'économie potentielle. Voire beaucoup plus si l'on combine moteur récent et variateur. Parallèlement, bon nombre d'industriels testent des solutions plus ou moins novatrices : récupération de l'énergie de freinage, coupures temporaires des machines dont on n'a pas besoin grâce à une commande intelligente, récupération de chaleur de process… L'amélioration de l'automatisation des chaînes de production ne doit pas enfin être négligée. En augmentant la productivité, en diminuant les temps d'arrêt et les besoins de maintenance, elle génère 80 % des économies énergétiques potentielles selon SFS. Pour aider les industriels, inutile de préciser que la société de financement est en première ligne. Le recours à la location ou au crédit-bail s'imposent comme des alternatives crédibles face à l'immobilisation de capitaux dans un contexte où l'accès au crédit se complexifie.