Pourquoi lancer cette mission ?
Il existe trois types de relations entre la biodiversité et les activités économiques. Tout d'abord, il y a celles qui dépendent de la production d'une ressource. C'est le cas des secteurs de l'habillement, de la construction, de l'alimentation… L'enjeu économique est de savoir comment les consommateurs finaux peuvent payer pour l'exploitation durable des ressources. Ensuite, il y a les activités qui détruisent des espaces naturels. Là, l'enjeu porte sur la compensation. Enfin, il reste de nombreuses activités dont les modèles économiques reposent, sans forcément le savoir, sur des services écosystémiques, mais qui les dégradent. Elles ont besoin d'outils opérationnels pour y remédier. Avec cette mission, nous allons financer des études, des travaux de recherche, des prototypes avec toujours l'action en ligne de mire.
Au risque de dériver vers une « financiarisation de la nature » ?
L'objectif n'est surtout pas de financiariser les critères de biodiversité. Notre approche est claire : ne pas réfléchir en termes de valeur des services rendus par les écosystèmes et éviter tout ce qui peut mener à une marchandisation de la nature. Nous voulons qu'un acteur économique, quand il a un choix à faire, puisse intégrer la biodiversité parmi ses critères de décisions. Et s'il détruit un milieu, l'intérêt de la compensation écologique est aujourd'hui acquis. C'est encore un vaste sujet de recherche. Il faut mettre en place un registre pour tracer les actions, définir des éléments de mesure et des équivalences. Mais pas en attribuant un prix à la nature, plutôt en utilisant des étalons écologiques. La compensation est un moyen. Nous espérons que, dans un laps de temps raisonnable, nous aurons d'autres leviers à présenter aux acteurs de l'économie.
Concrètement, quels liens vertueux faites-vous entre économie et biodiversité ?
Nous défendons des approches qui s'inscrivent dans des projets de territoires, en mobilisant des financements liés à la biodiversité. Certaines études montrent qu'un quartier peut voir sa température estivale baisser de 5 ou 6 °C si toutes ses toitures sont végétalisées. C'est un enjeu économique énorme. Nous allons par exemple travailler sur les toitures « écosysté-misées ». Il ne s'agit pas seulement de les végétaliser, mais d'y développer un véritable écosystème. Outre l'intérêt pour la biodiversité, il offrira des services pour la lutte contre les îlots de chaleur urbains ou la gestion des eaux pluviales.