Les gros producteurs européens d'électricité doivent relever un défi historique. Pêle-mêle, ils font face aux conséquences indirectes de la catastrophe de Fukushima (fermetures de centrales en Allemagne, mises aux normes de sécurité…), aux retards et au surcoût du réacteur EPR, à la crise économique, mais aussi à la montée en puissance des énergies renouvelables. Résultat : les EDF, E.ON, GDF Suez et autres Enel se trouvent confrontés à une évolution profonde de leur modèle économique. Il était jusqu'à présent extrêmement stable et prévisible. C'est désormais plus compliqué pour eux. Récemment, E.ON a été contraint de déprécier de 1,2 milliard d'euros la valeur de ses actifs de production d'électricité en Europe pour tenir compte de l'anémie du marché de l'électricité. Selon le groupe allemand, cette crise est du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale. En outre, la faiblesse de la production d'électricité à partir de sources « traditionnelles » est amplifiée par le développement des renouvelables. Celles-ci représentent un total d'actifs en Europe équivalent à la taille du marché allemand, selon les analystes de la banque suisse UBS, entraînant un afflux massif de capacité. Les fermes éoliennes et solaires disposent d'un accès prioritaire au réseau. Leur mise en service réduit mécaniquement les heures de fonctionnement des centrales thermiques.
La montée en puissance des renouvelables en Europe a déjà eu un impact notable sur les prix de vente de l'électricité dans les cinq principaux marchés européens (France, Allemagne, Espagne, Italie et Grande-Bretagne) : entre 4 et 9 euros en moins par mégawattheure, estiment les experts du Crédit Suisse. La baisse des prix, cumulée à celle des volumes de production, a amputé de 10,2 milliards d'euros le résultat opérationnel des producteurs historiques de ces marchés, principalement en Allemagne (4 milliards d'euros), en Italie (2,8 milliards) et en Espagne (1,6 milliard). Certes, ils se sont lancés dans les renouvelables depuis quelques années. Mais l'impact mettra encore quelque temps avant de compenser la perte des actifs de production traditionnels.