L'étau se resserre autour des énergies renouvelables en Europe. Les aides accordées depuis plusieurs années afin d'encourager l'essor de l'éolien ou du photovoltaïque vont-elles durer ? Un débat d'orientation s'est encore tenu, à huis clos, le 8 octobre à Bruxelles entre les 28 commissaires européens afin de commencer à élaborer les règles d'un nouveau cadre réglementaire commun. Si le débat doit se poursuivre, l'idée viserait à pousser le système des appels d'offres pour développer les nouveaux projets, au détriment du système actuel des prix fixes d'achat de l'électricité. En France, lors de la conférence environnementale de septembre, le président François Hollande avait également avancé l'idée de revisiter les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables, ce qui avait soulevé de nombreuses critiques.
Moins coûteux pour les États, et plus proches des conditions de marché, le régime des appels d'offres risque en effet de favoriser les technologies déjà rentables ou plus mûres, ce qui pénaliserait l'émergence de nouveaux moyens de production d'électricité décarbonnée. L'Allemagne et l'Espagne ont déjà fortement taillé dans leurs systèmes de tarifs d'achats garantis, essentiellement pour des questions budgétaires. En Allemagne, le régime créait une surcharge de 5,277 centimes d'euro par kilowattheure consommé pour les particuliers. En Espagne, il avait fait naître un déficit public cumulé de près de 20 milliards d'euros, quatre fois plus élevé que celui constitué par le mécanisme français de la CSPE (contribution au service public de l'électricité). Répétées, ces remises en cause répondent aussi au lobbying intense des grands producteurs d'électricité, dont les actifs gaziers en Europe sont fortement concurrencés par les centrales éoliennes et solaires mises en services ces dernières années. Début septembre, huit dirigeants de grands électriciens, dont GDF Suez et les allemands E.ON et RWE, ont ainsi plaidé devant les parlementaires européens pour la suppression des subventions bénéficiant aux renouvelables jugées « matures », notamment l'éolien terrestre, qui ajoutent aux surcapacités. Plus à même de mobiliser des capitaux que des opérateurs alternatifs, les grands producteurs seraient favorisés par le système des appels d'offres.