Batteries, hydrogène, volants d'inertie… Ce n'est pas un hasard si, parmi ses 34 plans de reconquête industrielle, Arnaud Montebourg a confié le groupe de travail sur le stockage à un acteur neutre : le CEA. « Il persiste un débat technologique et nous n'avons pas voulu le trancher en confiant le pilotage à un industriel en particulier », a justifié en octobre le ministre du Redressement productif lors du lancement de sa Nouvelle France industrielle. Si plusieurs technologies existent, elles partagent toutefois un point commun : « La réglementation ne prévoit pas formellement de statut de stockeur d'électricité. Si nous en avions besoin aujourd'hui, nous ne saurions pas qui serait chargé d'investir », résume Florent Germain, responsable du marché smart grid pour Schneider Electric. Le stockage d'électricité ne pâtit ni d'un trop plein de lois, ni de l'obsolescence d'un texte : la réglementation ne prévoit tout simplement pas son existence.
La solution historique par pompage-turbinage existe bien, mais à mesure que les technologies se multiplient des questions se posent. « Les moyens de stockage appartiennent-ils au réseau au même titre que des équipements comme les câbles et les pylônes ? », interroge Laurent Schmitt, vice-président d'Alstom Grid. Est-ce plutôt un élément, tantôt injectant, tantôt soutirant de l'électricité, donc analogue à une centrale ? La question n'est pas anodine dans un secteur partagé entre le domaine régulé (la gestion du réseau) et le marché ouvert à la concurrence (la fourniture d'électricité). Là où tout se complique, c'est qu'il n'existe pas un stockage, mais plusieurs… selon leurs rôles respectifs dans le réseau. Les démonstrateurs smart grid déployés dans les territoires visent notamment à délimiter ces fonctions. « Les expérimentations permettront de tester les services que peut rendre le stockage. Il en existe plus d'une dizaine », évalue David Marchal, adjoint au chef de service réseaux et énergies renouvelables de l'Ademe. Pêle-mêle, le stockage pourrait, entre autres, contribuer à l'équilibre du réseau en tension ou en fréquence, constituer une réserve d'énergie, écrêter les pointes de consommation, etc. Or, son modèle économique dépendra de sa fonction. « Le développement des réseaux électriques intelligents passe par une nouvelle régulation. La réglementation doit évoluer pour définir comment redistribuer la valeur économique créée par les nouveaux services », insiste Laurent Schmitt. Se pose notamment la question de l'équilibre de la maille locale. Elle est particulièrement importante pour le déploiement du photovoltaïque et des voitures électriques. Le passage d'un nuage, par exemple, peut avoir un fort impact à très court terme sur la production d'un panneau solaire. « Le stockage est un élément de réponse au même titre qu'une meilleure gestion locale du réseau. Il faudrait que les règles du jeu soient fixées dans les deux ans », fixe Laurent Schmitt.
Quel acteur investira et qui paiera en échange de quel service ? Il faudra bien réglementer. Les démonstrateurs explorent donc diverses configurations. « Dans le projet Venteea, la batterie raccordée au transformateur électrique est gérée par le gestionnaire de réseau ERDF. À Issygrid, c'est Bouygues Énergie Service qui joue ce rôle, compare Florent Germain. Dans le démonstrateur Millener, le stockage est en revanche installé directement chez le particulier. » Le but de ces expérimentations, qui se termineront d'ici à 2016, est aussi de repérer tous les obstacles réglementaires qui pourraient un jour se dresser sur la route du stockage. L'un est déjà montré du doigt. Il concerne le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe), qui finance les activités des gestionnaires de réseaux. Aujourd'hui, les solutions de stockage doivent l'acquitter deux fois, quand ils soutirent de l'électricité au réseau puis quand ils la réinjectent. La Commission de régulation de l'énergie n'y voit aucun problème, car elle assimile le stockage à la juxtaposition sur un même site d'un consommateur et d'un producteur d'électricité. D'autres y voient une double peine.