Le constat de départ rappelle la pression colossale exercée par le secteur du bâtiment sur l’environnement. La construction consomme en effet chaque année 390 millions de tonnes de matériaux en France, ce qui représente près de la moitié de la consommation nationale de matières. Si la dynamique actuelle se poursuit, cette demande globale pourrait être multipliée par trois à l’horizon 2050. Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources, l’augmentation du coût des matériaux et la lutte contre le changement climatique, la réduction du recours aux matières vierges s’impose comme un défi stratégique majeur pour l’ensemble des acteurs. Pour répondre à cette urgence, l’État a accompagné durant trois ans 30 maîtres d’ouvrage publics et privés dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt BATI-SOBRE, lancé en 2023. Des collectivités, bailleurs, promoteurs, entreprises et hôpitaux ont ainsi expérimenté de nouvelles méthodes visant à intégrer davantage de réemploi et à concevoir des opérations plus sobres en ressources. Au-delà du suivi individuel des projets, l’initiative a permis de structurer une véritable communauté de travail pour lever progressivement les freins techniques, juridiques, réglementaires et assurantiels.
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Le bilan présenté par l’ADEME met en lumière trois enseignements fondamentaux pour transformer durablement les méthodes du secteur. Premièrement, la démarche de sobriété matière doit impérativement être pensée dès la phase de programmation et de conception. C’est à ce stade précoce qu’il devient possible d’identifier ce qui peut être conservé sur place ou réemployé, évitant ainsi que des matériaux encore exploitables ne finissent à l’état de déchets. Deuxièmement, la structuration des filières de réemploi nécessite une coordination étroite entre toutes les équipes projet afin de faire évoluer les habitudes professionnelles. Enfin, le passage à l’échelle industrielle repose sur la diffusion de solutions simples, éprouvées et facilement réplicables par l’ensemble des acteurs de la filière. Les responsables régionaux de l’agence environnementale soulignent l’importance de ce changement d’approche. Amélie Renaud, Directrice régionale de l’ADEME Île-de-France, rappelle ainsi que le principal enjeu ne réside pas uniquement dans la disponibilité des solutions de réemploi, mais dans leur prise en compte suffisamment tôt dans les projets pour anticiper toutes les contraintes. De son côté, Yves Le Trionnaire, Directeur régional de l’ADEME PACA, précise que l’inscription de la sobriété matière dans les processus habituels des projets immobiliers constitue le véritable levier collectif pour réussir le passage à l’échelle.
Des applications concrètes sur le terrain francilien et méditerranéen
L’expérimentation BATI-SOBRE s’est traduite par des réalisations concrètes sur une grande variété de chantiers en Île-de-France. À Sevran, dans la Seine-Saint-Denis, le bailleur LogiRep a mis en place le « R Lab », une plateforme de dépose et de reconditionnement d’équipements sanitaires directement sur le site de réhabilitation de la Cité Haute. À Charenton-le-Pont, le groupe Immobilière 3F et Eiffage Construction ont restructuré un immeuble de bureaux en logements, en réalisant un curage méthodique par l’association RéaVie et en expérimentant le réemploi de pierre de façade. À Paris, l’aménageur SEMAPA intègre des structures en bois, de la laine de bois et des matériaux de réemploi pour construire la future Cité des Sports de Python-Duvernois. Les projets accompagnés en région Provence-Alpes-Côte d’Azur illustrent une diversité similaire de leviers écologiques. La Société Publique des Écoles Marseillaises intègre ainsi le réemploi et la pierre massive dans la rénovation du groupe scolaire National. À Salon-de-Provence, le projet du nouveau centre hospitalier explore le réemploi du mobilier existant et les matériaux biosourcés tout en affrontant les contraintes réglementaires propres au milieu médical. Enfin, à Marseille, l’établissement public Euroméditerranée privilégie des matières locales biosourcées, géosourcées et issues du réemploi pour la construction de la future piscine municipale Bougainville.
Un socle de ressources ouvert à tout l’écosystème
Au-delà des chantiers accompagnés, le programme BATI-SOBRE débouche sur la création d’un fonds documentaire et méthodologique destiné à soutenir l’ensemble de la profession. Cet état des lieux recense près de quatre-vingts outils digitaux, une vingtaine d’outils de mesure de la circularité, ainsi qu’un guide complet sur les labels, certifications et règles assurantielles applicables au réemploi. L’ADEME invite désormais l’ensemble des décideurs publics et des entreprises du BTP à s’emparer de ces ressources pour accélérer la généralisation de l’économie circulaire dans le bâtiment.