Pendant des années, la RSE a parfois été cantonnée à des objectifs de long terme et à des exercices de reporting déconnectés des décisions opérationnelles. Si l’évolution du cadre réglementaire européen, notamment avec l’Omnibus, a conduit certaines entreprises à ralentir leurs démarches, les enjeux économiques et les attentes des parties prenantes continuent de les faire avancer. Selon la 14e étude annuelle de Tennaxia sur les pratiques RSE et le reporting extra-financier, 63 % des entreprises interrogées produisent un rapport RSE à la demande de leurs clients et 48 % pour répondre aux attentes de leurs investisseurs. La donnée ESG reste donc stratégique, au-delà de la seule conformité réglementaire. L’enjeu est désormais de faire de cette donnée un outil d’aide à la décision. « Collecter des indicateurs ne suffit pas. Il faut que les entreprises puissent pouvoir les relier à leurs décisions stratégiques. La donnée environnementale doit permettre d’identifier les principaux postes d’émissions, de mesurer les progrès réalisés et de prioriser les actions à engager. C’est à cette condition que le reporting devient un véritable outil de pilotage », explique Solène Garcin-Charcosset, directrice conseil ESG, Carbone chez Tennaxia, éditeur de logiciels et cabinet de conseil HSE, ESG et carbone.
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Pour convaincre les directions générales et financières, la transition environnementale doit également se traduire en enjeux économiques concrets. « La décarbonation ne répond pas uniquement à un enjeu environnemental, elle constitue aussi un levier de performance économique. Réduire les consommations énergétiques, optimiser les ressources ou agir sur les émissions de sa chaîne de valeur permet aux entreprises de mieux maîtriser leurs coûts, d’anticiper les risques et de renforcer leur résilience. Ce n’est pas un hasard si la moitié des entreprises qui mesurent leur empreinte carbone le font notamment pour des raisons économiques, comme le révèle notre dernière étude. », explique Solène Garcin-Charcosset. Cette approche suppose de décliner les ambitions environnementales en objectifs opérationnels adaptés aux réalités de chaque activité. Les leviers d’action d’un site industriel diffèrent de ceux d’une entreprise de services, mieux vaut donc définir une trajectoire réaliste, assortie d’indicateurs mesurables, que multiplier les engagements difficiles à concrétiser. Il s’agit aussi de suivre les résultats dans le temps pour ajuster les actions et arbitrer les investissements.
Un pilotage collectif et continu, de la mesure à l’action
Bien que la fiabilité et la traçabilité des données restent essentielles, elles ne constituent qu’une première étape. Pour que les indicateurs se traduisent en progrès concrets, la démarche doit associer les équipes RSE, les directions financières, les métiers et la direction générale. La montée en puissance de ces fonctions dans les démarches ESG confirme que la donnée environnementale ne relève plus uniquement des équipes chargées du reporting, mais participe aux décisions de l’entreprise. « Le défi de passer de la mesure à l’action implique la responsabilisation des métiers sur des objectifs concrets, la définition des indicateurs utiles à la décision et l’organisation d’un suivi régulier des résultats. Les outils permettent de fiabiliser et de centraliser les données, mais c’est leur appropriation par les équipes et leur intégration dans les processus de décision qui leur donnent toute leur valeur », souligne Solène Garcin-Charcosset. Malgré les incertitudes réglementaires, l’étude montre que la dynamique de décarbonation se poursuit. Parmi les entreprises qui mesurent leur empreinte carbone, 95 % mesurent leur Scope 3, en totalité ou en partie, et 68 % disposent d’une trajectoire de réduction de leurs émissions, soit une progression de 10 points en deux ans. Des avancées qui renforcent la nécessité de transformer ces mesures en plans d’action suivis et pilotés dans la durée.