Le système d'information sur l'eau (SIE) stocke plus de 120 millions de données diffusées sur le site Eaufrance et en valide 10 millions de nouvelles chaque année. Ce flux énorme s'appuie sur une quinzaine de banques nationales de référence. Largement stimulée par les besoins de rapportage réguliers à Bruxelles pour rendre compte de la bonne application des directives, la gestion de ce big data est devenue un enjeu majeur tant pour les producteurs que pour les utilisateurs, avec des questions centrales sur la validation des données, leur mise à disposition et leur lisibilité, sans parler des casse-tête techniques pour trouver un langage commun.
La collecte des données est déjà un premier problème. Si les organismes publics sont les contributeurs de premier rang et ont mis en place les moyens de répondre à leurs obligations, les collectivités qui exploitent un service d'eau ou d'assainissement constituent elles aussi un maillon important de la chaîne. Elles alimentent ainsi le Sispea, la base de données publique sur la performance des services. Comme le révèle notre enquête (lire p. 22), la moitié d'entre elles ne l'a jamais fait ! Et ce n'est pas la complexité de l'outil qui est en cause. C'est tout simplement qu'environ un tiers des services ne rassemble ni ne produit de données. Un chiffre forcément en évolution avec la loi Notre, qui condamne à courte échéance ces services de moins de 1 000 habitants.
Autre difficulté, et pas des moindres, la mise à disposition des informations collectées sous une forme utilisable par les utilisateurs. Le premier hackathon organisé par l'Onema en 2014 avait pointé les difficultés de décrypter les données disponibles. Depuis, le projet Hub'o (lire p. 18) développe une interface pour simplifier l'accès au SIE. Elle sera testée en juin 2016, grâce à un financement de près de 400 000 euros. La preuve que le développement numérique est extrêmement coûteux et doit faire appel à des compétences bien spécifiques. La collecte et l'exploitation de données deviennent, d'ailleurs, un métier à part entière. Les grands groupes de l'eau, à l'affût de toutes les opportunités d'affaires, s'intéressent de plus en plus à de jeunes pousses spécialisées. Entre celles qui mettent en scène les informations du SIE, et récupèrent ainsi les précieux contacts des internautes inscrits, et celles qui développeront des services innovants, il ne faut rien négliger.