Les barrages à aiguilles de la Meuse et de l'Aisne, vestiges de la fin du XIXe siècle, auront bientôt disparu au profit d'ouvrages modernes, et seront remplacés par des barrages gonflables à l'eau, une technique peu utilisée en France. Les travaux ont débuté au printemps 2015. « Les aiguilles permettent de réguler le niveau de l'eau pour que la rivière soit navigable. Les barrages actuels peuvent contenir jusqu'à 1 000 aiguilles de 3 mètres de long et pesant chacune près de 15 kg. En cas de crue, il faut six personnes pendant trente-six heures pour démonter les aiguilles une à une et effacer un seul barrage. C'est un travail long, pénible et dangereux qui ne devrait plus exister », indique Stéphane Brondino, le président de Bameo*, la société de projet créée à l'occasion de la signature d'un partenariat public-privé (PPP) avec Voies navigables de France (VNF). Il y a urgence, car VNF a de plus en plus de difficulté à trouver des salariés qui acceptent d'effectuer ce travail, et les agents ont en moyenne une cinquantaine d'années. Le PPP prévoit de remplacer des ouvrages d'ici à 2020 et de les exploiter durant trente ans. L'ensemble des travaux représente un investissement de 312 millions d'euros. Sur les 31 barrages concernés, 29 seront rempla-cés par des barrages gonflables à l'eau, une première en France sur autant d'ouvrages. BRL Ingénierie a notamment participé à leur conception. Chaque boudin de 2 mètres de haut et 30 mètres de long, fourni par la société allemande Floecksmühle, est installé sur un radier en béton et retient plus ou moins l'eau selon le gonflement. Trois boudins sont nécessaires pour couvrir la largeur du cours d'eau. « Ils sont moins chers et intrusifs que des barrages à clapets, et plus fiables que ceux gonflés à l'air. VNF nous demande de garantir le niveau d'eau à plus ou moins 10 cm. Les barrages sont donc gonflés et dégonflés automatiquement en fonction des mesures de niveau », précise Stéphane Brondino.
Cette modernisation permettra aussi d'améliorer la navigabilité, puisque les barrages automatisés pourront être abaissés ou relevés en simultané en seulement six heures. Par ailleurs, des passes à poissons seront installées pour faciliter la montaison de certaines espèces et restaurer ainsi la continuité écologique. Deux autres barrages déjà modernisés feront l'objet de quelques aménagements. Bameo assurera aussi la construction de centrales hydroélectriques pour trois d'entre eux. Ils seront équipés de turbines VLH de la société MJ2 Technologies. Avec une quatrième centrale déjà construite sur l'un des barrages, la puissance totale installée sera de 5 300 kW. L'exploitation et la maintenance des 31 ouvrages seront ensuite assurées par SeMAO, une seconde société créée à l'occasion du PPP et détenue par Shema et Vinci Concessions. PRB