Le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) alimente 4,5 millions d’usagers via ses trois usines principales de Choisy-le-Roi, Neuilly-Sur-Marne (600 000 m3/jour chacune) et Méry-sur-Oise (340 000 m3/jour). Des filières efficaces y traitent les micropolluants organiques grâce à des traitements couplant charbon actif, ozonation et ultraviolets. « Nous respectons déjà les normes en eau potable sur les micropolluants actuellement réglementés », précise Christophe Perrod, directeur général des services techniques (DGST) du syndicat. En outre, le Sedif suit depuis des années de nombreux micropolluants émergents dans les eaux brutes et dans l’eau produite. « Nous participons aussi à des actions préventives dans une partie du bassin-versant de la Seine à travers l’opération Phyt’Eaux Cités, en partenariat avec les autres producteurs d’eau comme Eau de Paris et l’agence de l’eau. Mais nous ne disposons presque exclusivement que des ressources d’eau de rivières, et le préventif ne peut suffire. Traiter reste indispensable », juge Christophe Perrod.Dans son quinzième plan quinquennal d’investissement (2016-2020), le syndicat a donc intégré un volet « eau pure » axé sur de nouveaux traitements membranaires de finition. « Nous voulons, en premier lieu, garantir l’absence totale de micropolluants afin de rassurer les consommateurs quant au risque pour la santé de micropolluants émergents qui seraient découverts dans l’eau traitée. Nous désirons également proposer une réelle décarbonatation collective (moins de 10 °F de dureté) et supprimer le goût de chlore dans l’eau distribuée. L’objectif est de produire dans nos trois usines une eau pure équivalente à une eau de source », souligne le DGST. Dans les projections actuelles, le coût du projet est estimé entre 800 millions et 1 milliard d’euros, soit une hausse de 15 à 25 centimes d’euros par mètre cube pour le consommateur. « Mais à comparer au coût induit par le calcaire sur les dépenses des ménages, le bilan économique global sera très largement positif, avec des économies énergétiques significatives », poursuit Christophe Perrod.La phase d’étude va être lancée dès 2017. Deux types de procédés membranaires seront testés et comparés, osmose inverse basse pression et nanofiltration. Une première réalisation industrielle est prévue dans l’une des quatre plus petites usines du Sedif, à Arvigny en Seine-et-Marne (20 000 m3/jour). En parallèle, des essais pilotes et des prototypes industriels seront réalisés dès 2018-2019 dans les trois usines principales qui seront équipées, d’ici à 2030, d’un nouvel étage de traitement pour traiter 100 % de leur flux. « Vu le boom du marché mondial du dessalement d’eau de mer, les membranes d’osmose inverse semblent actuellement la solution la plus concurrentielle, mais les résultats de l’étude devront nous conforter dans notre choix », estime le responsable technique.Un procédé de nanofiltration fonctionne déjà à l’usine de Méry-sur-Oise. Mais, installées il y a vingt ans pour éliminer des matières organiques de l’Oise, ces membranes de première génération n’ont pas les performances suffisantes pour retenir tous les micropolluants. Elles seront donc remplacées. « Cette nouvelle barrière membranaire nous permettra de tester la diminution progressive de la chloration en sortie d’usine. Car, pour une eau très pure, exempte de résidus organiques, les risques de reviviscence bactérienne dans les réseaux de distribution deviennent extrêmement faibles, même sans chlore. Nous verrons si, comme Grenoble ou de nombreuses villes d’Europe du Nord, nous arriverons à nous en passer complètement. »Alexandra Delmolino