La France est au pied du mur. Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU2), le secteur du traitement de l’eau fait face à un défi colossal. Le Synteau (Syndicat national des entreprises spécialisées dans la conception et la construction d’installations de traitement de l’eau) a dévoilé une étude approfondie chiffrant ce chantier à 10 milliards d’euros d’ici 2045.
PUBLICITÉ
Au-delà des montants, c’est le calendrier qui inquiète Philippe Carrio, président du Synteau, et Patrick Therond, co-pilote de l’étude. Le parc français de stations d’épuration, construit massivement au début des années 2000 pour rattraper le retard de la première directive, arrivera en fin de vie simultanément. Ce pic naturel de renouvellement, prévu entre 2036 et 2042, risque de percuter de plein fouet les échéances imposées par la nouvelle directive (2033, 2036, 2039). Sans une planification rigoureuse, la profession redoute un « effet tsunami » : un engorgement total des capacités industrielles et une explosion des coûts.
Trois chantiers pour une révolution sanitaire
L’étude, qui s’est concentrée sur les 1 225 plus grandes stations traitant 80 % de la pollution, identifie trois axes d’investissement.
Tout d’abord, le traitement de l’azote et du phosphore (3,5 milliards d’euros) : pour lutter contre l’eutrophisation des rivières, les règles se durcissent. Si le parc est globalement performant, une treizaine de très grandes stations (plus de 150 000 équivalents habitants) devront subir de lourds travaux. De nombreuses autres devront aussi subir des travaux et/ou des modifications de process. Le problème majeur est le manque de foncier. En zones urbaines denses (comme à Marseille ou Saint-Fons), il est extrêmement complexe de construire les ouvrages supplémentaires nécessaires sans empiéter sur l’existant ou perturber l’exploitation.
La guerre aux micropolluants (5 milliards d’euros) est la grande nouveauté qui va représenter le deuxième axe d’investissement. Il faudra éliminer résidus pharmaceutiques et cosmétiques. Ce coût sera financé à 80 % par les industriels via la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP), selon le principe « pollueur-payeur ». Cependant, le Synteau s’inquiète du flou sur les « zones à enjeux » sanitaires. Si l’État attend 2030 pour les définir, comme l’autorise l’Europe, les travaux ne démarreront qu’en 2036, aggravant le fameux « tsunami ». Le syndicat réclame une définition des zones dès 2027.
Lutter pour l’environnement
La neutralité énergétique (1,5 milliard d’euros) est le 3e axe d’investissement identifié par le Synteau. D’ici 2045, le secteur vise l’autosuffisance énergétique (actuellement à 24 %). Pour y parvenir, le Synteau mise sur un mix de photovoltaïque, de récupération de chaleur et surtout de méthanisation (production de biométhane à partir des boues). Mais pour réussir, la France doit lever des freins réglementaires jugés absurdes, notamment l’interdiction de la co-digestion (mélange de boues et de biodéchets alimentaires), pourtant pratiquée chez nos voisins européens pour booster la production de gaz vert.
Pour Sandra Andreu, vice-présidente du Synteau, la clé réside dans le lissage des investissements. Il faut anticiper les travaux dès maintenant pour éviter la saturation future et garantir que la transition écologique ne se transforme pas en impasse industrielle.