Jeudi 12 février 2015 : l'amiante revient par la grande porte au Sénat avec l'organisation d'une conférence nationale. Mais c'est surtout dans la poussière des chantiers que se concocte l'échéance du 1er juillet 2015 qui verra la valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) au minéral passer de 100 à 10 fibres par litre (décret du 4 mai 2012). L'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) prépare donc le terrain depuis septembre 2014 en menant une campagne de mesures destinée à « cartographier » l'empoussièrement à l'amiante en fonction du processus de travail utilisé.
L'opération, baptisée Carto Amiante, a bénéficié d'un budget de 500 000 euros apporté par l'OPPBTP. Elle se focalise sur les travaux de courte durée dits en « sous-section 4 » moins cadrés que les chantiers de désamiantage à proprement parler (« sous-section 3 »). « L'objectif est de faciliter la réalisation par les entreprises de l'évaluation a priori du risque », explique Dominique Payen, responsable risques chimiques et environnement à l'OPPBTP. Et favoriser ainsi le choix du mode opératoire et des moyens de protection collectifs et individuels les plus appropriés. Du démontage d'un joint de chaudière au carottage d'un enrobé routier, une quarantaine de situations ont été listées. « Pour chacune, vingt mesures sont nécessaires pour un résultat statistiquement significatif. Idéalement, il faudrait les réaliser sur vingt chantiers différents », reprend Dominique Payen. Mais mobiliser dix chantiers par situation en y doublant les mesures devrait suffire. Le responsable se veut optimiste quant au recrutement des 400 à 800 chantiers nécessaires. On l'est moins du côté de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), partenaire avec l'État du projet. « Il existe un déni du risque amiante dans le BTP. En outre, même si l'OPPBTP met tout en œuvre pour mobiliser les entreprises, le contexte économique complique la donne. La Fédération des services énergie environnement (Fedene) qui mène un projet similaire rencontre les mêmes difficultés », compare Anita Romero-Hariot, expert-amiante à l'INRS, ajoutant que des bailleurs sociaux franciliens ou des opérateurs téléphoniques dans le Nord-Pas-de-Calais ont également engagé ce type de démarche.
Les entreprises du BTP ont encore jusqu'à la fin du semestre pour proposer un chantier au Syndicat national des entreprises de démolition (Sned) qui assure la coordination logistique de Carto Amiante. « Pour elles, l'intérêt est multiple : financement des analyses par nos soins, accès En facilitant l'évaluation du risque lié à l'amiante, l'outil aidera les entreprises à choisir un mode opératoire et les moyens de protection les plus appropriés.
à leurs résultats et conseils de bonnes pratiques sur le chantier », énumère Dominique Payen. Au vu du faible niveau de formation des entreprises, les retombées pédagogiques du programme ne sont pas à négliger. Ce sont ainsi trente conseillers de l'OPPBTP et des caisses d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) qui sont mobilisés. Prévus pour septembre 2015, les résultats finaux seront accessibles à tous en ligne sous forme d'une base de données et de fiches-conseils. l