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ÉNERGIE

PPE3 : la France trace sa route entre « atome » et « renouvelable »

A.A, LE 13 FÉVRIER 2026
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PPE3 : la France trace sa route entre « atome » et « renouvelable »
Crédits : Pixabay
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a choisi le Jura pour lever le voile, ce jeudi 12 février 2026, sur la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), un document d’orientation stratégique attendu par l’ensemble des acteurs de la filière depuis près de deux ans.

Le 12 février 2026, le gouvernement français a dévoilé la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), un document stratégique qui trace la trajectoire énergétique nationale pour la décennie à venir (2025-2030 et 2031-2035). Plus qu’une simple feuille de route, cette programmation vise à articuler souveraineté industrielle, ambitions climatiques et maîtrise des coûts, tout en posant les jalons d’une électrification massive des usages. Selon les autorités, l’objectif principal est de porter la production d’électricité décarbonée entre 650 et 693 TWh d’ici 2035, soit une augmentation de 19,5 % à 27,4 % par rapport à 2025.

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La PPE 3 constitue une rupture nette avec les choix antérieurs en matière nucléaire. Alors que la précédente programmation prévoyait la fermeture de quatorze réacteurs, le nouveau plan acte une relance massive de l’atome. La construction de six réacteurs EPR 2 est désormais confirmée, et une décision sur huit unités supplémentaires doit intervenir en 2026. Dans l’intervalle, le gouvernement mise sur l’optimisation du parc existant de 57 réacteurs, incluant la prolongation de leur durée de vie jusqu’à 50 ou 60 ans. Comme le souligne le Premier ministre Sébastien Lecornu, « l’optimisation du parc existant permettra de stabiliser la production entre 380 et 420 TWh aux horizons 2030 et 2035 », assurant ainsi la continuité énergétique pendant la mise en service progressive des nouvelles tranches. Cette renaissance nucléaire s’accompagne d’une attention particulière portée aux petits réacteurs modulaires, avec l’espoir de voir le premier exemplaire opérationnel au début de la prochaine décennie.

Les énergies renouvelables : ambition raisonnée et acceptabilité
Le développement des énergies renouvelables, bien qu’inscrit dans la continuité, adopte une logique qualifiée de « réaliste et ambitieuse ». Le photovoltaïque doit atteindre 48 GW en 2030, pour culminer entre 55 et 80 GW en 2035, tandis que l’éolien terrestre se concentre sur la remotorisation des parcs existants afin d’accroître la puissance installée tout en réduisant l’impact paysager. L’éolien en mer bénéficie, en revanche, d’une accélération notable, avec l’objectif de 15 GW de capacité cumulée à l’horizon 2035. L’hydroélectricité, deuxième source d’électricité en France, est également au cœur des priorités, avec un objectif de hausse de 2,8 GW des capacités installées, dont 1,7 GW issus des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), afin de renforcer la flexibilité du système électrique.

L’électrification massive des usages
Cette montée en puissance des filières bas carbone ne peut se concevoir sans une électrification massive des usages. La PPE 3 ambitionne de réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale de 58 % en 2023 à 40 % dès 2030. Pour y parvenir, le gouvernement met en avant un plan coordonné touchant l’industrie, le logement et les transports. La ministre de la Transition écologique, Monique Brabut, a insisté sur ce volet lors de la présentation officielle : « L’objectif est qu’une voiture sur trois achetée en 2026 soit électrique », illustrant ainsi la volonté de transformer les usages tout en renforçant la souveraineté énergétique. Parallèlement, les filières non électriques bas carbone sont soutenues, avec une production de chaleur renouvelable et de récupération qui devrait presque doubler d’ici 2035, une progression significative du biométhane et des biocarburants, et un objectif d’installation de 8 GW de capacités d’électrolyse pour l’hydrogène décarboné à l’horizon 2035.

Une clause de revoyure en 2027
La PPE 3 introduit également des mesures de gouvernance inédites, notamment une clause de revoyure en 2027. Cette disposition permettra d’ajuster la trajectoire énergétique en fonction de l’évolution réelle de la demande et de l’efficacité des filières, offrant ainsi une flexibilité essentielle face aux incertitudes technologiques et économiques.

Une transition énergétique créatrice d’emplois
Selon le gouvernement, le déploiement de la PPE 3 devrait générer plus de 120 000 emplois d’ici 2030, principalement dans les secteurs nucléaire, solaire et éolien. Les dispositifs de soutien aux filières renouvelables privilégieront les appels d’offres compétitifs et les contrats pour différence, avec l’objectif ambitieux d’atteindre zéro soutien public à l’horizon 2055. Ce double impératif de compétitivité et de décarbonation traduit la volonté de faire de la transition énergétique un levier de réindustrialisation nationale.

Entre relance nucléaire, développement raisonné des renouvelables et électrification des usages, le pays s’engage sur une trajectoire ambitieuse mais modulable. Comme le note Monique Brabut, « cette programmation restera ajustable selon les besoins effectifs en énergie », soulignant ainsi que l’avenir énergétique français sera autant le fruit de la planification que de l’adaptation aux réalités économiques, technologiques et climatiques.

Ce qu’il faut retenir : 
La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) redéfinit en profondeur le paysage énergétique national en s’appuyant sur une diversification massive des sources décarbonées pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le gouvernement fixe un cap de production d’électricité décarbonée compris entre 650 et 693 TWh par an à l’horizon 2035, ce qui impose un déploiement industriel d’envergure pour chaque filière du mix énergétique.

- Le nucléaire redevient le socle incontesté de la stratégie française, marquant une rupture nette avec les orientations passées qui prévoyaient des fermetures de réacteurs. La PPE3 acte la construction immédiate de six nouveaux réacteurs de type EPR2 et prévoit une clause de décision en 2026 pour le lancement de huit unités supplémentaires. Parallèlement, l’exécutif mise sur l’optimisation du parc de 57 réacteurs existants, visant une production de 380 à 420 TWh dès 2030, tout en prolongeant la durée de vie des tranches actuelles jusqu’à 50 ou 60 ans. L’innovation est également au cœur du plan avec le soutien aux petits réacteurs modulaires (SMR) dont le premier exemplaire est espéré pour le début de la décennie 2030.

- L’hydroélectricité, deuxième pilier historique et première source renouvelable du pays, bénéficie d’une relance majeure de l’investissement grâce à la proposition de loi adoptée en février 2026. L’objectif est d’augmenter les capacités de production de 2,8 GW, non pas nécessairement par la création de nouveaux barrages, mais par l’optimisation des structures existantes. Un accent particulier est mis sur les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), avec une cible de 1,7 GW de capacités supplémentaires, essentielles pour apporter la flexibilité nécessaire au réseau électrique.

- L’éolien en mer est présenté comme une véritable aventure industrielle où la France entend s’imposer comme leader européen. La PPE3 fixe une cible de 15 GW de puissance installée en 2035, tout en ajustant le calendrier pour atteindre 18 GW en 2037 afin de respecter les contraintes de raccordement au réseau. Ce développement doit maximiser les retombées locales, notamment à travers les sites de fabrication de composants à Saint-Nazaire ou au Havre. En complément, la filière hydrolienne prend son essor avec un premier appel d’offres de 250 MW au raz Blanchard.

- L’éolien terrestre fait l’objet d’une approche plus « raisonnée » pour favoriser l’acceptabilité locale et limiter l’impact paysager. La priorité absolue est donnée au « repowering », c’est-à-dire le remplacement des turbines anciennes par des modèles plus puissants sur les sites déjà exploités. La trajectoire vise 31 GW en 2030 et entre 35 et 40 GW en 2035, contre environ 24 GW en 2025.

- Le photovoltaïque conserve une trajectoire de croissance très ambitieuse avec une puissance qui doit doubler pour atteindre 48 GW en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035. Cette montée en puissance doit soutenir l’émergence de giga-usines de production de modules en France pour sécuriser la souveraineté technologique de la filière.

- Les énergies bas carbone non électriques constituent le dernier levier indispensable pour remplacer le pétrole et le gaz dans les usages difficiles à électrifier. Le biométhane injecté dans les réseaux doit connaître une progression fulgurante, passant de 9 TWh en 2023 à une fourchette de 47 à 82 TWh en 2035. La production de chaleur renouvelable, incluant la géothermie qui doit être multipliée par cinq et le solaire thermique, doit atteindre entre 328 et 421 TWh en 2035. Enfin, l’hydrogène décarboné voit ses ambitions de capacités d’électrolyse portées à 8 GW en 2035, tandis que les biocarburants pour les transports aériens et maritimes devront fournir entre 70 et 90 TWh à la même échéance.


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