R & D Qui Pilote dit énergie du sous-sol pense Sur le marché charbon, gaz ou pétrole. Pourtant, le sous-sol recèle aussi d'autres nombreux atouts, comme la géothermie, le stockage géologique de CO2 ou d'énergie. Pour soutenir leur développement, Géodenergies, un groupement d'intérêt scientifique (GIS) rassemblant 18 membres industriels et académiques, a été créé. Il vient de lancer ses cinq premiers projets de recherche industrielle.
Premier volet, la géothermie profonde. Aujourd'hui, l'exploration reste largement empirique. Les débits attendus, notamment, demeurent des inconnus. « Le but du projet Reflet est de créer un modèle 3D et une méthode reproductive pour comprendre les propriétés des réservoirs géothermiques, afin de gagner en efficacité et en temps », explique Jean-Philippe Soulé, directeur de l'entreprise Fonroche et responsable du projet. La méthode s'applique à l'ensemble des réservoirs géothermiques en France métropolitaine, dont les propriétés sont similaires, à l'exception de ceux des Pyrénées. Reflet est doté de 8 millions d'euros pour quatre ans. « L'objectif est que les industriels puissent utiliser la méthode dès la fin du projet », avance Jean-Philippe Soulé.
Géothermie encore pour le projet Temperer, lui aussi coordonné par Fonroche. L'idée est d'utiliser la micro-sismicité pour mieux comprendre le réservoir géothermique, à la fois pour l'exploration et pour le suivi d'exploitation. « En installant des géophones, qui mesurent les vibrations dans le sol avec des seuils de détection très faibles, à environ 50 mètres de profondeur, nous obtenons des informations sur le comportement du réservoir, inaccessibles avec des méthodes plus classiques, indique Jean-Philippe Soulé. Cela nous permet d'améliorer la sécurité du forage, d'anticiper des sismicités plus élevées. » Ce projet de quatre ans est doté de 3,5 millions d'euros.
Pour une géothermie efficace, il faut utiliser au mieux la chaleur récupérée du sous-sol, avec des échangeurs de chaleur compacts et robustes. Or, chaque fabricant a sa solution selon les caractéristiques de l'eau géothermale. « Nous nous sommes rendu compte qu'il n'existait pas de modèle pour identifier le meilleur échangeur possible selon la composition de l'eau », indique Fabien Michel, cofondateur d'Enertime et coordinateur du projet Carphymcheau (quarante-deux mois et 3 millions d'euros). Acier-carbone, titane, acier ou Inox, et taille seront modélisés, tout comme les phénomènes de corrosion et d'encrassement.
Autre projet, autre sujet avec le projet Pilote CO2-Dissolved, qui s'intéresse au stockage en aquifère salin profond de CO2 dissous dans l'eau. Ce stockage est couplé à la récupération de la chaleur du sous-sol. « Le stockage classique de CO2 gazeux sous pression concerne les grosses installations, de plusieurs millions de tonnes de CO2 par an, décrit Christophe Kervevan, responsable de ce projet au BRGM. Le stockage de CO2 dissous s'adresse aux petites et moyennes usines émettant moins de 150 000 t/an, localisées au-dessus de ressources géothermales avérées, ayant si possible des besoins de chaleur. Nous avons recensé 600 installations en France répondant à ces critères et représentant 25 millions de tonnes de CO2, soit 17 % des émissions industrielles. » Le projet de dix-huit mois doit préparer la phase industrielle, en présélectionnant des sites, des financeurs et des industriels. « Nous visons un pilote vers 2020, pour un coût de quelques dizaines de millions d'euros, dépendant notamment de la concentration en CO2 des fumées », précise Christophe Kervevan. Les cinq projets ne sont qu'une première salve lancée par Géodénergies, dont l'objectif est d'engager six à dix projets par an, avec une autre série dès ce début d'année. l CM