Où commence et où s'arrête l'environnement ? La question peut sembler incongrue. Pourtant, parmi les offres de cadres en environnement proposées par l'Apec en 2004, une majorité correspondait « à des postes mixtes où l'environnement s'ajoute à d'autres compétences comme la qualité ou l'hygiène ». En effet, derrière un intitulé « environnemental », se cachent souvent d'autres domaines, comme le développement durable, l'hygiène, la sécurité ou encore la qualité. « L'environnement est un point d'entrée assez fort dans l'entreprise, explique Didier Gauthier, secrétaire général en charge du développement durable chez Séché Environnement. Parce que derrière cette problématique, on trouve forcément celle de la santé ou de la qualité. Aujourd'hui, il faut décloisonner. Quand on s'occupe des produits, on s'en inquiète dès l'origine. La question de la traçabilité est donc présente même si elle relève plutôt de la qualité. » Pour Benoît Fourché, ancien responsable de l'option Environnement et industrie à l'École des mines de Douai, « l'environnement est très proche de la sécurité et de l'hygiène parce que l'approche du risque y est identique. On y retrouve la même démarche d'audit, de détermination de scénario et des mesures à prendre. »
Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Lors du premier choc pétrolier, en 1973, Gérard Zink, aujourd'hui directeur qualité-environnement-sécurité-sûreté chez 3M France, était recruté pour être le monsieur Énergie du groupe. « Mais pas pour être monsieur Environnement. Ces domaines étaient séparés. Aujourd'hui l'extraction, le transport et la distribution d'énergie sont entrés dans le champ de l'environnement », distingue-t-il. Le lien entre qualité et environnement est pourtant parfois ténu. À l'École des mines de Douai, les élèves ont d'ailleurs à choisir entre ces deux options. Reste que dans de nombreuses PME, ces approches s'avèrent complémentaires : « Ce sont deux fonctions réputées non productives qu'on essaye de regrouper sous un seul et même poste plutôt que de payer trois ingénieurs, explique Benoît Fourché. Quelqu'un de bien formé dans un de ces domaines est capable de gérer les deux autres », estime-t-il.
Parfois, l'environnement se fait manger par le développement durable. Juliette Cappel en a fait l'expérience. « J'étais censée réaliser l'Agenda 21 d'une collectivité, mais elle en avait une vision purement environnementale », explique cette ancienne chargée de mission. « La dérive aujourd'hui est de tout saupoudrer de développement durable alors qu'il vaudrait mieux appeler un chat un chat. L'environnement y perdrait moins. » Dans ce sens, un rapport de la Documentation française1 préconise d'ailleurs de « vulgariser une définition conventionnelle de ce qu'est le champ de l'environnement ».