Tout semblait, enfin, aller dans le sens du démantèlement. Les avis favorables de la commission d'enquête avaient été publiés le 28 novembre après une consultation publique. La démocratie avait parlé : 53 % pour la suppression des barrages. Des Amis de la Sélune (Manche) à la Fédération des pêcheurs de loisirs, tous se réjouissaient de la nouvelle tant attendue. Car toutes les études montrent qu'il n'existe aucun aménagement alternatif efficace pour favoriser la montaison des poissons migrateurs. Né d'une vidange catastrophique en 1993, le projet d'arasement des barrages de la Roche qui boit (1919) et de Vezins (1932) remonte à la décision de la commission locale de l'eau de 2006, confirmée en 2009 par le ministère de l'Écologie qui avait refusé le renouvellement de la concession hydraulique (lire EM n° 1684). Le démantèlement était donc prévu pour 2017 pour l'un et 2018 pour l'autre. Une des seules mesures concrètes sur l'eau du Grenelle de l'environnement qui aurait survécu. Mais c'était sans compter sur Ségolène Royal ! En baie du Mont-Saint-Michel, le 4 décembre, la ministre de l'Écologie est revenue de façon inattendue sur la décision de la commission d'enquête, envisageant l'étude de solutions alternatives à la destruction des deux barrages. « Si elles sont confirmées, ces déclarations remettent en cause gravement le processus engagé sous l'autorité de l'État depuis plus de vingt ans et pourraient conduire à des pénalités européennes pour non-respect de la DCE », estime le collectif des Amis de la Sélune. D'autant qu'à l'autre bout de la France, dans la Loire, la reconstruction du barrage des Plats, sur la Semène, est un autre mauvais coup porté à la biodiversité. Passé en force, comme à Sivens, malgré la résistance d'une dizaine d'ONG et un recours gagné devant le tribunal administratif, le barrage est à ce jour reconstruit. Dernier combat mené : éviter de le mettre en eau.