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POLITIQUES

Gestion de l’eau : élus et citoyens sur la même longueur d’onde

ABDESSAMAD ATTIGUI, LE 12 FÉVRIER 2026
\ PUBLIÉ DANS HYDROPLUS N° 281
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Gestion de l’eau : élus et citoyens sur la même longueur d’onde
Crédits : Pixabay
96 % des collectivités et 67 % des Français placent la gestion de l’eau parmi leurs priorités. Une nouvelle enquête de l’ATEP révèle une convergence inédite entre citoyens et élus. Retour sur les principaux enseignements de ce sondage.

À l’occasion du Carrefour des Gestions Locales de l’Eau (CGLE), l’ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle) a dévoilé une nouvelle enquête nationale montrant que la gestion de l’eau n’est plus seulement une priorité des collectivités, elle est désormais partagée par les citoyens et validée par la pratique concrète. Ce sondage complète et croise les données révélées en novembre au Salon des Maires, permettant de confronter les propositions politiques à la réalité citoyenne et de confirmer une convergence d’intentions entre élus et usagers. Cette double approche, combinée aux initiatives locales particulièrement avancées dans le Grand Ouest, bouscule les idées reçues et ouvre de nouvelles perspectives politiques et techniques pour la transition hydrique.

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Une priorité nationale confirmée
Le sondage, mené auprès de 1 000 Français et plus de 200 représentants de collectivités, montre que 96 % des acteurs publics considèrent la gestion de l’eau comme une priorité absolue, tandis que 67 % des citoyens estiment que l’économie d’eau représente une préoccupation majeure. Cette vigilance est particulièrement marquée chez les 25-34 ans, sensibles aux enjeux environnementaux, ce qui traduit un alignement inédit entre conscience écologique et mobilisation politique.

Les priorités convergent : anticipation des sécheresses (87 %) et réduction des prélèvements d’eau (74 %) figurent en tête. Un point de divergence intéressant apparaît sur la prévention des risques : si les collectivités se concentrent traditionnellement sur les inondations, les citoyens placent la prévention des incendies au deuxième rang de leurs préoccupations (76 %). Les experts de l’ATEP expliquent ce phénomène par la forte réactivité des Français à l’actualité.

Le paradoxe générationnel et l’engagement concret
Si la conscience est largement partagée, le passage à l’acte révèle un paradoxe générationnel. Les seniors de 55 à 64 ans sont les plus actifs dans la récupération d’eau de pluie, avec 58 % de pratiquants, principalement pour l’arrosage ou le lavage de voiture. Les jeunes de 18 à 35 ans, souvent freinés par leur statut de locataire, se montrent en revanche plus ouverts aux solutions prospectives comme les toilettes sèches ou le recyclage des eaux grises.

« Même sans incitations ni obligations réglementaires, 50 % des Français récupèrent déjà l’eau de pluie », souligne Jérémie Steininger, délégué général de l’ATEP. Selon lui, ce constat permet de briser le tabou de l’« obligation » politique et de montrer que la population est prête à accompagner des mesures plus ambitieuses.

Territoires : le laboratoire du Grand Ouest
« Si la dynamique nationale est encourageante, ce sont les territoires qui servent de laboratoire pour des solutions concrètes de gestion de l’eau. Le Grand Ouest, en particulier la Bretagne et les Pays de la Loire, se distingue par une sensibilité particulièrement avancée. Selon le sondage, 70 % des habitants se disent attentifs à la gestion de l’eau, et 62 % pratiquent ou envisagent des actions de valorisation des eaux de pluie, contre 51 % à l’échelle nationale.

La métropole de Rennes illustre le rôle pionnier des collectivités. Son nouveau Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) accorde un avantage technique et financier aux constructeurs qui installent des cuves d’eau de pluie pour un usage intérieur. « Si vous récupérez l’eau de pluie pour alimenter vos toilettes et votre lave-linge, on vous exonère de la mise en place d’un bassin d’orage », explique Cédric Fontaine, vice-président sectoriel « Eaux pluviales » à l’ATEP. Cette mesure vise à réduire de 17 % la consommation d’eau potable sur le territoire d’ici 2030.

Parallèlement, Rennes déploie une trentaine de cuves à travers la ville pour sécuriser l’approvisionnement durant l’été, tout en cassant les « visions en silo » habituelles des collectivités. La municipalité mise sur la mutualisation des ressources : par exemple, l’eau de pluie collectée dans les écoles, inutilisée durant les vacances d’été, est désormais récupérée par les services techniques pour alimenter les balayeuses de voirie. Cette vision transversale permet des économies d’échelle et démultiplie l’efficacité des installations.

À une échelle plus locale, Lancieux, dans les Côtes-d’Armor, démontre l’efficacité des solutions fondées sur la nature. La transformation de la cour d’école en « cour Oasis » a permis, lors d’un orage de 35 mm en juillet 2024, d’infiltrer l’intégralité de l’eau sur place, sans aucune sortie vers le réseau. « Il n’y a pas une goutte d’eau qui est sortie de cette école », se félicite Cédric Fontaine, soulignant que ces projets combinent efficacité technique et valeur pédagogique.

Freins persistants et levier politique
Malgré cet engagement, des obstacles subsistent. Le manque de financement reste l’obstacle principal pour 47 % des collectivités, tandis que 28 % des Français citent le déficit d’information et 21 % la nécessité d’aides financières. Jérémie Steininger insiste sur l’urgence de passer à la vitesse supérieure : « Il y a encore un vrai besoin de pédagogie. Il faut transformer la conscience en actes. »

Le plaidoyer de l’ATEP se concentre donc sur un accompagnement technique et financier renforcé, inspiré des dispositifs de rénovation énergétique, et sur l’anticipation réglementaire pour rendre les innovations durables et reproductibles sur l’ensemble du territoire.

Un double regard validé par le terrain
Pour mémoire, cette enquête complète celle récemment dévoilée au Salon des Maires, qui portait exclusivement sur les élus et leurs intentions. L’approche « miroir » adoptée par l’ATEP permet de confronter les propositions politiques à la réalité citoyenne, validant la convergence entre élus et usagers. Les résultats montrent que les citoyens soutiennent massivement les initiatives des collectivités, notamment pour l’arrosage des espaces verts (41 %) ou le nettoyage de la voirie (33 %) avec des eaux non conventionnelles.

Cette double validation est stratégique : elle légitime des mesures audacieuses, telles que le double réseau dans l’habitat neuf ou l’intégration de la gestion de l’eau dans France Rénov’, et alimente le futur livre blanc de l’ATEP destiné à peser sur le débat de l’élection présidentielle.

« Les Français et Françaises ne sont plus seulement conscients, ils sont déjà engagés. Notre rôle est de leur donner les moyens d’agir et de transformer cette mobilisation en politiques publiques ambitieuses », glisse Marc Sengelin, président de l’ATEP.


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