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Avis d'expert | « Lutte contre la pollution plastique des océans, un combat avant tout local »

Par Julie Bertout, Responsable technique et R&D pour O2D Environnement. Publié le 8 juin 2022.
Avis d'expert | « Lutte contre la pollution plastique des océans, un combat avant tout local »
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La pollution plastique des océans est un enjeu crucial des politiques de lutte contre le réchauffement climatique et cause majeure de l’effondrement de la biodiversité. À l’occasion de la journée des Océans célébrée le 08 juin, Julie Bertout, Responsable technique et R&D pour O2D Environnement, évoque la nécessité de trouver « des solutions avant tout locales ».

A la clôture du One Ocean Summit qui s’est tenu à Brest du 09 au 11 février dernier, plus de 100 pays se sont engagés « à œuvrer collectivement, rapidement et concrètement pour mettre un point d’arrêt à la dégradation de l’océan ». Une prise de conscience globalisée devient en effet vitale : notre océan se réchauffe, s’acidifie, s’élève et souffre par-dessus tout d’une pollution plastique grandissante. Un constat renforcé par le dernier rapport alarmant du GIEC, publié fin février, qui rappelle que la pollution plastique contribue au réchauffement climatique mais aussi à l’effondrement majeur de la biodiversité.

Alors que l’on estime que chaque année environ 9 millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans l’océan, comment endiguer ce fléau ? Autre donnée effrayante : 6,9 milliards de tonnes de déchets plastiques auraient été produits depuis 2015, dont presque 80% sont aujourd’hui en décharge ou abandonnés dans la nature. Existe-t-il des solutions pour capter ces plastiques, dont 40% n’ont été utilisés qu’une seule fois avant d’être jetés ?
 
Julie Bertout, Responsable technique et R&D pour O2D Environnement. Crédit : DR

Nouvelles utilisations aux polymères existants

Aujourd’hui, une écrasante majorité des plastiques jetés dans l’environnement sont des emballages ménagers à usage unique dont très peu bénéficient de filières de recyclage au niveau européen. Chez O2D Environnement [1], nous pensons qu’il est possible au niveau européen, en faisant collaborer les mondes scientifique et industriel, de trouver des nouveaux usages à ces déchets tout en atténuant les conséquences du réchauffement climatique. Il ne s’agit en effet plus de simplement consommer moins de plastique vierge, mais de trouver de nouvelles utilisations aux polymères existants avant qu’ils ne deviennent des déchets flottants dans l’océan.

L’opinion publique mondiale, via les médias, découvre avec stupeur depuis quelques années des photos de mammifères marins emprisonnés dans divers sacs plastiques, filets de bouteilles, ou bouteilles d’eau. Un constat qui n’a fait que se renforcer à l’arrivée des déchets issus de la pandémie Covid, les masques et gants jonchant le fond de la mer Méditerranée dès l’été 2020. Les réseaux sociaux à l’appui, des phénomènes comme le #Trashtagchallenge ont permis le début d’une action plus poussée des citoyens via le nettoyage de zones naturelles engluées sous les déchets un peu partout dans le monde. Néanmoins, il faut trouver des solutions pour traiter le problème à la source et capter les déchets avant que ceux-ci ne soient abandonnés dans la nature, et donc quasiment impossibles à recycler ou à réutiliser.

Valoriser des déchets plastiques

Un exemple de solution est la dalle TTE, dont nous avons participé au développement aux côtés de plusieurs pays européens, un éco-matériau fabriqué à partir de déchets ménagers normalement destinés à l’incinération ou à l’enfouissement. De tels matériaux permettent de valoriser des déchets plastiques pour créer une nouvelle matière, qui elle-même servira au façonnage de produits à forte valeur environnementale totalement recyclables et réutilisables. Soulignons un point important : lutter contre la pollution plastique des océans, c’est y récupérer le plus de déchets possible avant qu’ils n’impactent ses écosystèmes mais c’est aussi éviter au maximum que de nouveaux polymères y soient relâchés en concevant des produits plus durables. Néanmoins, l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) projette actuellement une production mondiale annuelle de 600 millions de tonnes de plastique d’ici 2050, dont l’écrasante majorité à usage unique.

Face à l’étendue du problème, il est plus que jamais nécessaire pour les pays de collaborer en impliquant un maximum de leurs parties prenantes - en France, cela se matérialise notamment par l’entraide européenne. Le plastique est un combat commun qui implique de gros investissements matériels, financiers et humains pour son traitement, son recyclage et sa réutilisation (installations déchets, systèmes de collecte,...). De tels efforts peuvent être parfois difficiles à entreprendre pour un seul pays ou entreprise. Grâce à une collaboration étroite avec l’Allemagne qui collecte les déchets plastiques utilisés pour les dalles TTE auprès de ses ménages via le système DUAL, il a ainsi été possible de revaloriser plus de 15 000 tonnes d’emballages plastiques au sein de l’UE en 2021 dont un tiers sur le territoire français seul.

Cette forte dimension européenne a révélé son importance en 2018 lorsque la Chine a modifié son cahier des charges d’import de déchets plastiques afin d’exclure la très grande majorité des exportations des pays occidentaux dont le G7. Beaucoup d’autres pays asiatiques avaient alors suivi le mouvement, comme la Malaisie ou la Thaïlande, afin de mettre un terme à leur statut de “poubelle du monde”. Cette crise des débouchés pour les matières plastiques jetables souligne le manque cruel d’organisation des pays occidentaux, et donc, la nécessité de trouver des solutions avant tout locales. En 2022, à l’aune d’une pénurie des matières premières, il est d’autant plus fondamental de travailler sur la souveraineté de nos systèmes de production, de consommation mais aussi de gestion des déchets.

Réinventer nos modes de consommation

Nous avons tous vu le prix de notre plein d’essence dangereusement augmenter récemment. Au-delà des questions politiques sous-jacentes à cette problématique, soulignons que c’est aussi parce que le pétrole se raréfie. Cette ressource fossile existe en stock limité sur notre planète, et pourtant c’est une substance vitale aujourd’hui à nos modes de vie et la matière première utilisée pour fabriquer le plastique. En surexploitant l’ensemble des ressources naturelles (dont les fossiles) à notre disposition, nous nous rapprochons toujours plus vite du Jour du Dépassement, date à laquelle l’humanité a déjà consommé les ressources que la nature peut renouveler en un an. Recycler et réutiliser l’existant, notamment quand celui-ci est fabriqué à partir de matières non-renouvelables, c’est contribuer à une gestion plus durable et à une utilisation rationnelle des ressources terrestres, un des ODD à l’agenda 2030, rappelons-le.

Ainsi, il est nécessaire de réinventer globalement nos modes de consommation et de production. La vision de beaucoup d’entreprises comme la nôtre, mais aussi de plus en plus de citoyens à travers le monde, est qu’il faut révolutionner notre modèle, sortir du paradigme linéaire pour entrer dans l’économie circulaire. Nous ne nous débarrasserons pas de la pollution plastique, et donc de son impact sur l’océan et sur le réchauffement climatique, sans volonté de se libérer du tout jetable. La circularité, c’est prendre en compte tout le cycle de vie du plastique, de sa production à sa réutilisation. Pour mettre en place des mesures au niveau mondial et s’attaquer au cœur du problème plastique, l’ONU a lancé début mars l’élaboration d’un traité international juridiquement contraignant. Son objectif ? Éliminer purement et simplement la pollution plastique de l’environnement.
 
1 L’entreprise accompagne depuis 2004 des collectivités et des entreprises sur des projets d’aménagements de sols perméables.
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