Annoncée le 21 novembre dernier, la réponse de l’industrie française de la gestion des déchets dangereux à l’urgence environnementale posée par les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) se veut à la fois scientifique et structurante. Surnommées les « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance, ces molécules font l’objet d’une attention croissante. Le SYPRED et le SYVED, syndicats professionnels représentant les acteurs du secteur, ont conjointement réaffirmé l’efficacité du traitement thermique des déchets contaminés par les PFAS dans leurs installations d’incinération.
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Des résultats probants pour la minéralisation
Le gouvernement souhaitait ainsi s’assurer de l’efficacité des incinérateurs de déchets dangereux pour traiter correctement et efficacement des déchets contaminés par des PFAS. Selon les résultats des nombreux essais réalisés par les adhérents du SYPRED et du SYVED, les performances de destruction des PFAS ciblés « atteignent un niveau particulièrement élevé, supérieur à 99,99 %, traduisant une minéralisation quasi complète de ces composés ».
Le protocole mis en œuvre, inspiré de la Convention de Stockholm sur les POP, se révèle particulièrement exigeant. Il impose la mesure de l’ensemble des flux de sortie – solides, gazeux et liquides – avec pour objectif un rendement global de destruction de 99,99 %. Les essais ont par ailleurs été conduits sur plusieurs sites, avec des concentrations de PFAS variables, afin de vérifier la capacité de chaque installation à traiter efficacement ces flux complexes.
Ces conclusions viendraient corroborer des travaux antérieurs de l’INERIS, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, sur la thermodégradation des PFAS, lesquels indiquaient déjà que les incinérateurs de déchets dangereux seraient en mesure d’atteindre des températures suffisantes pour assurer une minéralisation efficace. « Nos installations sont aujourd’hui efficaces pour traiter les déchets qui contiennent des PFAS », estime Benjamin Denis, responsable des affaires publiques du groupe Séché Environnement et représentant auprès du SYPRED, et rappelle que « l’incinération des déchets dangereux constitue, à ce stade, la seule solution industrielle dont l’efficacité pour éliminer les PFAS contenus dans les déchets soit scientifiquement reconnue ».
Cibler les déchets industriels complexes
Cette solution concerne principalement les déchets industriels complexes et non les objets de grande consommation pouvant contenir en plus faible quantité des polymères PFAS, lesquels se dégraderaient généralement de manière satisfaisante dans les incinérateurs de déchets non dangereux classiques. Les flux les plus problématiques ciblés par les essais incluent les déchets issus d’industriels producteurs, consommateurs et utilisateurs de PFAS, les mousses anti-incendie, « appelées à être substituées d’ici décembre 2025 », indique Benjamin Denis, les eaux d’extinction contaminées et les terres polluées, notamment à proximité d’anciens sites industriels ou d’aéroports. S’y ajoutent les matrices de concentration, telles que les charbons actifs ou les résidus de boues issus du traitement des rejets aqueux utilisés par les collectivités ou les industriels pour capter les PFAS.
Les enjeux réglementaires : un cadre à bâtir
Au-delà des campagnes de mesure désormais respectées, les professionnels estiment que le cadre réglementaire applicable aux PFAS resterait largement à structurer. Les données issues des prélèvements, qui devraient être prochainement rendues publiques par les autorités compétentes, constituera une première étape, jugée nécessaire mais insuffisante.
Le SYPRED et le SYVED appellent ainsi à « l’édiction de normes ambitieuses sur les rejets de PFAS, fondées sur l’état des connaissances scientifiques, à la fois au niveau français et européen », lance le responsable des affaires publiques du groupe Séché. L’absence actuelle de valeurs limites d’émission clairement définies est perçue comme un risque majeur par les professionnels, qui réclament un cadre lisible et stabilisé. Benjamin Denis souligne en particulier l’enjeu de sécurité juridique pour les entreprises, estimant que « le flou réglementaire rend difficile l’appréciation du caractère suffisant des pratiques mises en œuvre et ouvre potentiellement la voie à des contentieux ». Une situation jugée problématique pour des acteurs investissant dans des solutions de traitement exigeantes.
Une autre lacune réglementaire demeure centrale : « la définition même d’un déchet contaminé par les PFAS », ajoute-t-il. L’établissement d’un seuil de concentration apparaît indispensable afin de déterminer à partir de quel niveau un déchet ne devrait plus être orienté vers des filières de recyclage, au risque de réintroduire des PFAS dans les cycles de production et de contaminer de nouveaux usages. Ce futur cadre de gestion spécifique est présenté comme un levier essentiel pour réduire durablement la contamination globale de l’environnement.
Un éventail de solutions et une vision d’avenir
Si l’incinération est présentée comme la solution de référence pour les déchets dangereux les plus concentrés, le secteur souligne néanmoins la nécessité de disposer d’un éventail de réponses adaptées à la diversité des situations, chaque déchet contaminé présentant ses propres spécificités. « Des solutions de traitement physico-chimique existent pour les déchets liquides, la désorption thermique pourrait être mobilisée pour les terres polluées, et le stockage en installation de déchets dangereux constitue également une option pertinente », énumère-t-il.
Une étude menée par le SYPRED en partenariat avec le BRGM aurait par ailleurs montré que ces installations de stockage offriraient une rétention très élevée des PFAS, « confinant les plus mobiles pendant plus de 1 500 ans et les moins mobiles au-delà de 10 000 ans, garantissant, un confinement stable de la pollution ».
En somme, si l’incinération des déchets dangereux serait appelée à jouer un rôle central dans la gestion des PFAS les plus concentrés, l’industrie appelle désormais à un alignement réglementaire rapide et ambitieux, idéalement à l’échelle européenne, afin de transformer cette capacité technique en véritable feuille de route environnementale.