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ÉNERGIE

Tribune | Transition énergétique : sortir de la logique d’aides pour bâtir un cadre économique durable

JONATHAN MARTELLI, CO-FONDATEUR ET PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION D’EKWATEUR, LE 2 FÉVRIER 2026
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Tribune | Transition énergétique : sortir de la logique d’aides pour bâtir un cadre économique durable
Crédits : Pixabay
Alors que les arbitrages budgétaires et réglementaires de la transition énergétique restent incertains dans le cadre du PLF 2026, les entreprises engagées dans cette transformation font face à un environnement économique instable. Dans cette tribune, Jonathan Martelli, co-fondateur d’Ekwateur, plaide pour un changement de paradigme : dépasser la logique d’aides ponctuelles au profit d’un cadre économique durable, lisible et équitable, condition selon lui de la réussite de la transition énergétique.

Alors que les mesures liées à la transition énergétique dans le PLF 2026 n’ont toujours pas été définitivement votées dans leur globalité, un constat s’impose sur le terrain économique : les entreprises qui portent concrètement cette transition - start-ups, PME, acteurs à impact - évoluent encore dans un environnement peu lisible. Instabilité réglementaire, accès inégal au financement, retards de paiement publics : ces difficultés ne relèvent pas de dysfonctionnements marginaux, mais d’un problème structurel. Si la France veut réussir sa transformation énergétique, elle doit dépasser la logique de soutien ponctuel et assumer un rôle plus exigeant : celui d’un État partenaire, garant de règles durables.

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Donner de la visibilité économique
Aucune entreprise ne peut investir, recruter ou innover sans visibilité. Les grands groupes parviennent à absorber les évolutions réglementaires successives grâce à des équipes dédiées et des capacités financières importantes. Les jeunes entreprises, elles, subissent chaque revirement comme un risque majeur pour leur modèle économique. Plusieurs travaux récents soulignent l’urgence d’une programmation énergétique lisible et pluriannuelle afin de sécuriser les investissements bas carbone (1). Instaurer un cadre de stabilité, par exemple sous la forme d’objectifs glissants sur cinq ans, permettrait de sortir d’une logique d’attentisme pour entrer dans une véritable stratégie industrielle. Ce d’autant plus dans un contexte d’absence de majorité au Parlement. Cette visibilité législative et réglementaire est la condition minimale pour engager des capitaux privés sur le long terme, à un moment où l’Etat semble vouloir se désengager sur certaines dépenses.

Rétablir une concurrence soutenable pour les PME à impact
Les contraintes que supportent les entreprises de taille intermédiaire et les PME, de surcroît celles engagées dans la transition énergétique, sont disproportionnées. L’accès au crédit est structurellement plus contraint. Là où un grand groupe peut mobiliser une garantie bancaire à hauteur de 25 % du montant à couvrir, une PME doit souvent immobiliser la totalité des fonds correspondants. Cette asymétrie freine mécaniquement l’innovation locale. A cela s’ajoutent les délais de paiement des clients publics qui sont bien plus longs que les acteurs privés, ce qui peut causer des trous importants de trésorerie. En outre, en 2024, les retards de paiement observés auprès des entreprises françaises atteignaient en moyenne 13,6 jours. Plus de 9 % d’entre elles faisaient face à des retards supérieurs à 30 jours (2). Adapter les garanties financières à la taille des entreprises, créer des guichets public-privé opérationnels et associer davantage les PME et start-ups aux concertations énergie-climat permettrait de rétablir une équité de moyens. La compétitivité, avec impact, se jouera moins sur la taille des acteurs que sur leur capacité à innover durablement.

Remplacer la logique d’aide par une logique de garantie
Les entreprises à impact n’attendent pas une multiplicité de subventions, mais un cadre de confiance leur permettant de déployer un business plan lisible. Aujourd’hui, les dispositifs publics bénéficient surtout aux structures disposant des ressources nécessaires pour en maîtriser la complexité administrative. Plutôt que des aides à fonds perdus, l’État pourrait renforcer son rôle de tiers de confiance en se positionnant comme garant de dernier ressort, auprès des banques par exemple. Ce mécanisme faciliterait l’accès au crédit sans alourdir immédiatement la dépense publique, l’intervention n’étant effective qu’en cas de défaillance. Une telle approche soutiendrait un plus grand nombre d’acteurs tout en rationalisant l’effort budgétaire. La confiance passe aussi par des pratiques simples et déterminantes : paiement à temps, procédures allégées, traitement équitable des petites structures.

Faire de la commande publique un outil économique
La commande publique constitue un levier économique majeur, encore insuffisamment mobilisé. Le Plan national pour des achats durables 2022-2025 prévoit que 100 % des marchés publics intègrent au moins un critère environnemental (3). Dans les faits, ces exigences restent trop souvent théoriques. Rendre ces critères obligatoires dans les secteurs clés - énergie, bâtiment, transports -, leur accorder une pondération réelle et publier un suivi annuel des marchés permettrait de transformer l’exemplarité publique en moteur économique concret. En outre, l’État ne peut durablement appeler les entreprises à l’exemplarité tout en accumulant ses propres retards de paiement. Ces délais fragilisent la trésorerie des acteurs innovants et ralentissent mécaniquement la transition.

Structurer l’impact comme un actif stratégique territorial et national
La transition énergétique ne repose pas uniquement sur de grands projets industriels. Elle dépend d’un tissu d’entreprises capables d’innover localement, au plus près des territoires. Pourtant, ces acteurs continuent de rencontrer des obstacles d’accès au financement malgré leur potentiel reconnu (4). Étendre le statut de Jeune Entreprise Innovante aux projets environnementaux et sociaux en créant un véritable statut de JEI à impact, ou encore instaurer un crédit d’impôt transition sur le modèle du crédit d’impôt innovation, permettrait de structurer durablement cet écosystème. Financer l’impact, c’est investir dans la résilience économique du pays.

La France ne manque ni d’idées ni d’entrepreneurs engagés. Elle manque de continuité. À force d’ajuster les dispositifs sans stabiliser les règles, la puissance publique fragilise les acteurs mêmes qu’elle souhaite mobiliser. Passer d’un État subventionneur à un État garant permet d’envisager une autre manière d’intervenir pour une politique industrielle agile : sécuriser les trajectoires, réduire les délais de paiement, simplifier l’accès au financement. Derrière ces leviers très concrets se joue la crédibilité économique de la transition énergétique. Elle ne progressera pas par décret, mais par la capacité collective à offrir aux entreprises un cadre durable pour investir, innover et durer.

1 France Stratégie – Investissements bas carbone : comment les rendre rentables ?,  Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, 7 octobre 2024
https://www.strategie.gouv.fr/publications/investissements-bas-carbone-comment-les-rendre-rentables
2 Banque de France – Rapport de l’Observatoire des délais de paiement 2024
https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/rapport-de-lobservatoire-des-delais-de-paiement-2024
3 Ministère de la Transition écologique – Plan national pour des achats durables 2022-2025

https://achats-durables.gouv.fr/plan-national-achats-durables-2022-2025-422
4 Bpifrance Le Lab – Enquête TPE-PME, 2ᵉ semestre 2024
https://lelab.bpifrance.fr/enquetes/enquete-tpe-et-pme-au-deuxieme-semestre-2024-la-situation-des-tpe-et-pme-se-degrade-encore


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