Environnement, danger
Lundi 12 juin 2006, quatre égoutiers trouvaient la mort alors qu'ils effectuaient des travaux d'entretien dans les égouts. En cause : des émanations d'hydrogène sulfuré (H2S), un gaz toxique qui se forme lors de la fermentation de certaines matières organiques. L'année précédente, un terrassier creusant une tranchée est mort électrocuté par un câble électrique. Ces tragiques accidents viennent rappeler que l'environnement n'est pas un secteur sans danger. Égoutiers, éboueurs, agents de tri, exploitants d'incinérateurs... La liste des métiers à risques est longue.
Le secteur le plus exposé est probablement celui des déchets : il compte trois fois plus d'accidents graves que la moyenne. Les éboueurs paient un lourd tribut : tendinites, dos abîmés, maladies infectieuses et, surtout, accidents de la route. Car si les entreprises sont parvenues à améliorer la sécurité sur les sites de traitement, elles contrôlent moins les dangers sur la voie publique.
Paradoxalement, ce sont probablement les secteurs les plus dangereux qui enregistrent le moins d'accidents, car les précautions y sont draconiennes. C'est le cas dans l'usine de traitement des déchets dangereux de Teris, à Roussillon (Isère). « Nous privilégions les manipulations à distance et, lorsque c'est impossible, les opérateurs portent des équipements de protection individuels adaptés, notamment des masques à cartouches », souligne Laurent Febvay-Choffel, directeur du site. Résultat : zéro accident depuis l'ouverture du site il y a cinq ans.
Protocoles contraignants
Au sein d'un incinérateur d'ordures ménagères, « le poste le plus risqué est celui de rondier, car il opère autour de la chaudière, indique Christian Chaumette, conducteur de four chez Tiru. En cas de bourrage, il faut ouvrir le four et sortir à l'aide de crocs les objets qui bloquent. D'où des risques de brûlures, etc. » La vapeur produite atteint une pression de 50 bars et une température de 440 °C. Descendre dans la fosse à déchets, par exemple lorsque le grappin casse, expose aux coupures ou aux piqûres de seringues. Tous ces travaux nécessitent le port d'une tenue de sécurité comportant un casque, des gants, un vêtement de coton et des chaussures de sécurité. Enfin, les risques à long terme, dus aux bruits et aux poussières, ne doivent pas être oubliés.
Pour limiter les accidents, des protocoles contraignants sont mis en place : avant d'intervenir sur un circuit ou une machine, ceux-ci sont isolés électriquement. « Nous consignons les appareils avec des cadenas, dont les clés sont confiées au chef des travaux », indique Christian Chaumette. Les formations sont fréquentes. « La sécurité est ancrée chez ceux qui travaillent depuis longtemps dans l'incinération, constate le conducteur de four. Mais les jeunes considèrent que c'est trop contraignant. Je disais la même chose à 20 ans ! C'est pourquoi il faut sans cesse rappeler les règles. D'autant que nous employons des intérimaires venant d'autres corps de métier, parfois des boulangers ! Or il faut deux ans pour former un rondier. »
Dans le secteur de l'eau, les risques concernent surtout le travail dans les milieux confinés, ainsi que l'électricité et les chutes. Les releveurs de compteurs subissent les risques classiques des métiers en porte-à-porte, comme les accidents de la circulation ou les morsures de chiens. Certains dangers sont méconnus, comme la présence de serpents dans les fosses à compteur ! Les égoutiers portent un détecteur de gaz avant de descendre dans les canalisations, et l'un d'entre eux reste obligatoirement en surface. « Les retours d'expérience sont notre meilleure arme contre les accidents, rappelle Pierre Reygrobellet, directeur de la prévention des risques à la Lyonnaise des eaux. Nous avons instauré des "causeries sécurité" : un quart d'heure pour faire le point chaque jour afin de parler des incidents. Pour que cela fonctionne, il faut un climat de confiance (pas de sanction en cas d'erreur), et éviter les lourdeurs administratives. » Les accidents comme celui du 12 juin sont l'occasion de remettre l'accent sur la sécurité et le renforcement des entraînements