Trente ans après le lancement du dispositif MODECOM, l’ADEME dresse un constat contrasté de la gestion des déchets ménagers en France métropolitaine. Si la production d’ordures ménagères résiduelles a reculé de 44 % en trois décennies, atteignant 223,5 kg par habitant et par an, cette performance quantitative masque une réalité plus préoccupante : près de 70 % du contenu des poubelles grises demeure composé de déchets qui pourraient être valorisés.
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Ordures ménagères résiduelles : des volumes en baisse, des ressources toujours perdues
La tendance la plus marquante concerne la diminution continue des OMR par habitant, qui s’établissent en 2024 à 223,5 kg par an, soit une baisse de 44 % en trois décennies. Cette trajectoire témoigne de l’efficacité des politiques de prévention et du déploiement progressif des filières de responsabilité élargie du producteur. Pour autant, l’amélioration quantitative contraste avec une situation qualitative préoccupante : près de 70 % du contenu des bacs gris pourrait être orienté vers des filières de valorisation adaptées. Les biodéchets représentent encore 32 % de ce flux résiduel, soit 71,2 kg par habitant et par an, devant les matériaux recyclables tels que le papier et les emballages hors verre (27 %) et le verre (5 %).
Le type d’habitat apparaît dans le rapport comme un facteur déterminant : les zones urbaines et touristiques présentent des volumes de biodéchets et d’emballages sensiblement plus élevés que les territoires ruraux, probablement en raison d’un accès plus limité au compostage domestique et de pratiques de consommation plus nomades.
La métamorphose du bac jaune
La collecte séparée multimatériaux (CSM), communément désignée comme le bac jaune, illustre une transformation profonde des modes de consommation. En 2024, elle atteint en moyenne 52,8 kg par habitant et par an. Depuis 2017, les papiers graphiques connaissent un recul spectaculaire, avec une baisse de 57 %, tandis que les emballages en carton poursuivent leur progression pour atteindre 17,4 kg par habitant. Cette évolution est largement attribuée à l’essor du commerce en ligne. En parallèle, la qualité du tri se détériore : le taux de déchets non conformes est passé de 12,4 % en 2017 à 19,2 % en 2024. La présence accrue de textiles sanitaires et de biodéchets complique le fonctionnement des centres de tri, ces éléments indésirables pouvant souiller les matériaux recyclables, notamment les fibres. Le mode de collecte joue également un rôle, le porte-à-porte favorisant une proportion plus élevée de cartons et de plastiques que l’apport volontaire.
Biodéchets : une montée en charge contrastée
La généralisation du tri à la source des biodéchets, rendue obligatoire au 1er janvier 2023, produit des résultats variables selon les modalités de collecte. Dans les territoires ne collectant que les déchets de cuisine et de table, la part de matières organiques atteint 81,9 %, bien que 5,4 % d’erreurs de tri subsistent, principalement des plastiques et des métaux. À l’inverse, lorsque les déchets verts sont acceptés en mélange, ils dominent largement le flux, représentant 93,9 % du poids total.
S’agissant du verre, aucune caractérisation spécifique n’a été réalisée en 2024. Les estimations fondées sur les tonnages collectés indiquent néanmoins un taux de captage de 73 %, le plus élevé parmi les filières de recyclage des déchets ménagers. Il n’en demeure pas moins que 10,6 kg de verre par habitant continuent de finir chaque année dans les OMR, constituant un gisement de valorisation encore significatif.
Les déchèteries, maillons centraux des filières REP
Par ailleurs, l’étude des flux en déchèterie confirme le rôle central de ces équipements dans le déploiement des filières de responsabilité élargie du producteur (REP). Dans les bennes de Tout-Venant, destinées aux déchets ne disposant pas de filière dédiée sur site, 75 % des matériaux relèvent en réalité d’une filière REP existante. Le secteur du bâtiment domine largement, avec la REP PMCB (produits et matériaux de construction du bâtiment), qui représente 42,8 % du contenu du Tout-Venant, essentiellement sous forme de gravats, de plâtre et d’isolants. Les déchets d’éléments d’ameublement (REP DEA) constituent également un flux important, à hauteur de 10,2 %, avec une composition majoritairement boisée (64,6 %). Le rapport souligne que la mise à disposition de bennes spécifiques, dédiées au bois ou au mobilier, permet de réduire mécaniquement la part de ces déchets dans le tout-venant, illustrant l’importance d’un maillage territorial adapté et d’une signalétique claire pour orienter les usagers.
Un potentiel de valorisation largement sous-exploité
Le rapport conclut sur une note prospective en évaluant le potentiel de valorisation théorique des déchets ménagers. On estime que 98 % du contenu actuel des ordures ménagères résiduelles pourrait être valorisé : 40 % par la voie organique (compostage ou méthanisation), 38 % par le recyclage matière et 20 % par la valorisation énergétique. Le gaspillage alimentaire, bien qu’en baisse, reste un levier de prévention prioritaire avec 19,5 kg par habitant jetés annuellement dans la poubelle grise. De même, les textiles sanitaires à usage unique (couches, mouchoirs) représentent un gisement massif de 39,3 kg par habitant, dont la substitution par des alternatives durables pourrait drastiquement réduire les volumes.
Pour l’ADEME, l’avenir de l’observation repose sur l’annualisation du dispositif MODECOM, afin de disposer d’indicateurs plus réactifs, mieux adaptés au pilotage des politiques publiques et aux exigences croissantes de reporting européen.