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La longue marche vers la chine

LA RÉDACTION, LE 1er DÉCEMBRE 2006
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Devenue l'une des plus grandes puissances économiques du monde, la Chine est aussi l'une des plus polluantes. Jusqu'ici, en effet, la croissance effrénée de son PIB (+ 10 % par an depuis les années 1980) s'est faite au détriment de l'environnement. Centrales thermiques, usines et automobiles se multiplient, rejetant leurs émissions toxiques dans la nature. Faute d'infrastructures, seule la moitié des eaux usées et des déchets parvient à être traitée. Mais tout cela est en train de changer. Les autorités chinoises ont pris conscience de la gravité de la situation et, avec en ligne de mire les Jeux olympiques de Pékin (2008) et l'Exposition universelle de Shanghai (2010), ont décidé d'adopter un mode de croissance plus écologique. Elles se sont donné quinze ans pour se conformer aux réglementations internationales, voire les dépasser. Et, comme le secteur n'est pas encore très mûr localement, « cela représente un potentiel énorme pour les éco-entreprises françaises », assure Caroline Seguin, chargée de suivre le marché de l'environnement à la mission économique de Pékin. « Le XIe plan quinquennal chinois, entré en vigueur le 1er janvier dernier, prévoit de consacrer chaque année 1,5 % du PIB à l'environnement, soit plus de 120 milliards d'euros. C'est deux fois plus que les années précédentes. » Au programme : réduire de 20 % la consommation d'énergie et de 10 % le volume des effluents polluants du pays entre 2006 et 2010. Pour les entreprises de l'eau, de l'air, des déchets, des transports et de la construction durable, le marché s'annonce juteux. Il paraît d'autant plus accessible que le gouvernement chinois aménage un cadre juridique et fiscal de plus en plus rassurant pour les investisseurs étrangers. Pourtant, « le Yang-Tseu-Kiang n'est pas un long fleuve tranquille », constatait Laurence Parisot, présidente du Medef, lors de la visite de Jacques Chirac à Pékin fin octobre. Ce voyage a permis à Alstom de vendre 500 locomotives de fret, mais n'a pas suffi à convaincre les Chinois de choisir Areva pour la construction de leurs réacteurs nucléaires de troisième génération. Sauf imprévu, le marché devrait revenir à l'Américain Westinghouse, plus conciliant sur la cession des plans de ses centrales. « En Chine, le transfert de technologie n'est pas obligatoire, mais il est fortement encouragé », prévient Caroline Seguin : inutile de venir si on refuse absolument de s'y soumettre. La compétition entre entreprises étrangères est telle que celles-ci ne sont pas vraiment en position de négocier. Certes, cela risque d'armer la concurrence locale, mais il semble plus intéressant de vendre sa technologie et d'en tirer un profit, même limité, que de miser sur une illusoire propriété industrielle. En Chine, les brevets ne protègent pas. La preuve : Suez a découvert que les usines de traitement des eaux qu'il construit dans ce pays pouvaient être reproduites à quelques dizaines de kilomètres de là, sans recours possible. Cela ne l'empêche pas de signer d'autres contrats. Il conserve, en effet, son avance technologique grâce à une importante activité de R %26 D. Afin de répondre au mieux aux attentes de ses clients, le groupe vient même d'inaugurer un centre de recherche sur les eaux usées industrielles et les déchets dangereux à Shanghai. Les Chinois sont avides d'innovation. Ils savent déjà produire des équipements pour le solaire thermique ou construire des usines de traitement de l'eau. Ils n'ont donc pas besoin d'entreprises étrangères pour des techniques éprouvées. Ils veulent plutôt des produits ou des compétences de pointe, qu'ils n'ont pas encore développés chez eux. Pour certaines entreprises, cette exigence est une opportunité. En effet, « contrairement à la France, les Chinois n'hésitent pas à investir tout de suite des moyens énormes dans un projet qui leur semble prometteur », apprécie François de la Chevalerie, président de Paneurochina, une entreprise franco-chinoise qui traite et valorise la vase de mer en sous-couches routières et en parpaings (voir EM 1650 p. 30). « En Chine, le besoin de matériaux est tel que les entrepreneurs locaux récupéraient déjà la vase de mer pour leurs chantiers de construction. Mais ils le faisaient artisanalement, sans dépollution ». Même si le traitement élaboré par l'entreprise n'est pas encore mûr, il est au moins plus performant que l'ancien. C'est pourquoi les autorités du port de Tianjin l'utilisent. « Le transfert de technologie est réciproque. Dans quelques années, nous pourrons ramener en Europe une solution performante, que nous n'aurions pas pu développer en France à cause du principe de précaution, ajoute François de la Chevalerie. Pour ce qui est de la propriété intellectuelle, nous ne pouvons pas empêcher une société chinoise de s'approprier notre technologie, mais nous pouvons l'empêcher de la vendre à l'étranger. Paneurochina est une société de droit chinois, créée à Tianjin. Mais nous avons aussi une domiciliation à Hong Kong, ville où le droit de propriété industrielle est respecté. Ce bureau est chargé d'abriter nos brevets. » Soif d'innovation François de la Chevalerie n'a eu aucun mal à créer son entreprise en Chine. Sa technologie était prometteuse, mais surtout il disposait de contacts sur place. Il connaissait l'ingénieur responsable des travaux à Tianjin et savait que celui-ci cherchait à valoriser la vase de mer qui encombre son port. Il lui aurait été impossible d'obtenir le marché sans cette amitié. « En Chine, les appels d'offres n'ont pas d'obligation de transparence. Cela fonctionne plutôt par réseaux de connaissances », confirme Chantal Roux, juriste spécialiste de l'Asie chez Ubifrance. Ne pas avoir de contacts n'empêche pas pour autant de percer sur le marché chinois. Cela demande seulement beaucoup plus de temps. Solution classique : se glisser en tant que sous-traitant dans le sillage d'une entreprise déjà implantée, puis faire valoir cette expérience à travers le réseau qu'on a pu construire lors de ses déplacements. Cela marche aussi en se rapprochant des grands bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ou la Banque asiatique de développement (BAsD). Depuis 2003, le Plan export des éco-entreprises (Pexe) de l'Ademe, association gratuite d'entreprises souhaitant se développer à l'international, encourage les rapprochements entre sociétés sinophiles. « À force de se rencontrer dans les réunions ou les délégations que nous envoyons en Chine, elles finissent par se connaître et par s'associer dans leurs prospections », explique Jean-Jacques Thomas, chargé de la coordination institutionnelle du programme. Les entrepreneurs français comprennent de plus en plus l'intérêt de « chasser en meute » : si une PME a accès à un gros contrat, elle a plus de chance de le décrocher en s'associant à des partenaires proposant des solutions complémentaires. Pour les grosses entreprises aussi, cela ouvre de nouveaux marchés. C'est pourquoi Saint-Gobain, Rhodia et Schneider Electric ont adhéré à l'initiative du CSTB pour élaborer un Traité pour une conception durable en Chine (cf. encadré). Contre une cotisation de moins de 2 000 euros, le Club Ademe International propose un accompagnement plus personnalisé. « C'est grâce à lui que Léosphère a pu vendre son Lidar, un laser radar permettant d'analyser précisément la qualité de l'air, en temps réel et à distance, se félicite Jean-Jacques Thomas. Lors d'une délégation à Pékin, le Club a mis à sa disposition son consultant chinois. Cela a permis au président de l'entreprise, Alexandre Sauvage, de rencontrer divers centres de surveillance de la qualité de l'air et laboratoires de recherche. » Aujourd'hui, il a plusieurs contrats en cours de négociation. Un démarrage réussi qui s'explique aussi par le soutien de la Région Ile-de-France. Ayant un lien privilégié avec la ville de Pékin, celle-ci avait également mis son réseau au service de l'entreprise. En Chine, 70 % des crédits d'investissements sont décentralisés. C'est pourquoi l'appui d'une collectivité française - Région, agglomération ou ville - peut s'avérer très utile. Ce type de « cooptation » facilite les contacts avec des personnalités haut placées et crédibilise l'offre. Jean-Claude Levy, chargé de mission auprès du délégué à l'action extérieure des collectivités locales du ministère des Affaires étrangères, regrette toutefois qu'« en dehors de quelques régions, comme l'Ile-de-France ou le Nord-Pas-de-Calais, les éco-entreprises fassent rarement partie des priorités de la coopération décentralisée ». Guerre des écoparcs Les pôles de compétitivité, qui sont une trentaine à traiter d'environnement, auraient l'avantage de prospecter en même temps par secteurs géographiques et par secteurs d'activité. Mais, pour la plupart, ils ne travaillent pas encore avec la Chine. Certains commencent à y réfléchir : « Quelques-unes de nos entreprises ont déjà des bureaux là-bas. Mais, au niveau du pôle, nous ne commencerons à travailler dans cette direction qu'en 2007, annonce Christine Baze, directrice du pôle Capénergie, sur les énergies renouvelables, en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca). Pour notre première année de fonctionnement, nous avons préféré concentrer nos efforts sur le pourtour méditerranéen, plus proche géographiquement et culturellement. » Les municipalités chinoises proposent aussi de regrouper les éco-entreprises sur des parcs technologiques. Construits pour accueillir les investisseurs étrangers dans des conditions avantageuses, ils fleurissent un peu partout depuis deux ou trois ans et « draguent » les petites entreprises françaises. Tous se présentent comme paradisiaques et riches d'opportunités commerciales. Mais, « le plus souvent, ils ne proposent que des locaux bon marché, sans projet concret derrière », précise Eugène Johnson, chargé de mission à la direction de l'action économique du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Or « le plus dur n'est pas d'entrer sur le marché chinois et d'y décrocher son premier contrat. C'est d'y rester ». Le foisonnement d'aides évoqué plus haut, bien qu'efficace, n'intervient que pour introduire les entreprises sur le marché. Le Pexe et la coopération décentralisée n'ont pas assez de moyens pour les accompagner dans la durée. Le Fonds d'aide au secteur privé (Fasep) du ministère de l'Économie permet de financer des études à l'export, mais, les entreprises n'ayant pas toujours les moyens de réaliser leurs projets, cela ne débouche pas forcément sur du concret. Quant à l'aide publique au développement, « elle n'a pas pour rôle d'aider à l'export, prévient Ghislain Rieb, qui s'occupe des projets du Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM) en Chine. Notre but principal est le développement. La mise en oeuvre des projets auxquels nous participons doit donc, avant tout, mobiliser les compétences locales. Par contre, comme le transfert de technologies participe au développement, nous faisons appel en priorité au savoir-faire français pour l'assistance technique. » Ainsi, le programme sur l'efficacité énergétique dans le bâtiment, mis en oeuvre à Heihe par l'Ademe depuis 1999, consiste à identifier des opérations immobilières en cours et à négocier avec leurs promoteurs chinois des améliorations écologiques. Ce travail est confié à des architectes et ingénieurs thermiciens français. « Avec l'appui des missions économiques, nous communiquons sur ces projets. Mais si une entreprise française est intéressée, elle doit s'adresser directement aux autorités chinoises », qui décideront ou non de faire appel à elle. Les opérations pilotes, ayant été conçues pour être répliquées par les Chinois sans soutien extérieur, ont été mises en oeuvre avec des solutions simples et bon marché. « Dans ce contexte, certains produits français ont pu être mis en avant, comme les enduits isolants de Seigneurie, qui n'avaient pas d'équivalents chinois aussi efficaces. » La Région Rhône-Alpes est la seule à accompagner les entreprises dans leur installation. Son agence de développement, Erai, a un bureau de 30 personnes à Shanghai. « Elle permet aux PME-PMI d'y domicilier un de leurs commerciaux, les aide à rechercher des clients ou des agents. Une fois qu'ils sont lancés, nous les suivons quelque temps pour voir si tout fonctionne bien », résume Alice Baumelle, conseillère environnement chez Erai. L'agence fournit toutes sortes de services : aides financières, réalisation d'études de faisabilité, formations, services juridiques, etc. Seule condition pour en bénéficier : être une entreprise rhônalpine ou lui être associé. Enviroconsult, petite société provençale de surveillance de la qualité de l'environnement, n'a pas raté le coche. « Comme je ne pouvais de toute façon pas aller seul en Chine, je me suis rapproché d'Asconit Consultants et de Sogreah, deux gros bureaux d'études de Rhône-Alpes, raconte Olivier Decherf, gérant d'Enviroconsult. En décembre, grâce à des financements Fasep et Erai, nous allons réaliser ensemble un immense projet de surveillance de la qualité de l'eau sur le bassin versant de la rivière des Perles, bassin autour duquel vivent 80 millions de personnes ! C'est la preuve qu'une TPE de cinq salariés a toutes ses chances en Chine, même sur de très gros contrats. Cette expérience, par son échelle inédite, devrait nous ouvrir d'autres marchés. » Aujourd'hui, l'entreprise a un agent sur place, partagé avec d'autres PME. Mais « nous comptons créer un bureau de représentation d'ici à trois ans, pour nous implanter plus solidement », annonce Olivier Decherf. Celui-ci ne pourra pas pour autant se passer de ses partenaires chinois. « Même si elles créent une filiale à 100 % française en Chine, les entreprises doivent obligatoirement s'associer à un bureau d'études local pour répondre aux appels d'offres », précise en effet Caroline Seguin, de la mission économique de Pékin. Pour certaines prestations, comme la réalisation d'un projet MDP ou la gestion d'un réseau d'eau, la création d'une joint-venture devient même obligatoire. Les Français ont différentes occasions de rencontrer leurs partenaires : les voyages du Pexe, les salons de l'environnement mais aussi les conventions d'affaires. Celles-ci permettent de nouer un maximum de contacts en très peu de temps, sur un même lieu. La chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Lyon en organise une en avril prochain. « Lors de sa première édition, en 2003, Europasia avait réuni 277 entreprises. Un an après, 64 accords de coopération avaient été signés », se félicite Guillaume Crouzet, conseiller Asie à la CCI de Lyon. Les entreprises ne trouveront peut-être pas les bons contacts dès leur première tentative, mais Olivier Decherf les encourage à persévérer. « Même s'il y a du monde, la Chine est un immense pays où tout est à faire. En plus, le marché privé commence à s'ouvrir à l'environnement. » Jusqu'ici, les collectivités étaient presque les seules concernées. Mais, soumis à une réglementation de plus en plus stricte, les industriels sont contraints de s'y mettre.


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