Le modèle économique du démantèlement de DEEE est connu : prise en charge des déchets en amont, et revente des matériaux triés en aval, qui paie la main-d'oeuvre, l'investissement et les charges liées au traitement des matériaux dépourvus de filière de recyclage. La société APR2, à Bonnières-sur-Seine (Yvelines), qui emploie de la main-d'oeuvre handicapée, réforme ce modèle : en fabriquant et commercialisant son propre matériau recyclé, elle pense générer recettes et valeur ajoutée. En l'occurrence, son Premix est une farine composée pour moitié de plastique micronisé issu du démantèlement de DEEE à écrans (ABS et ABS-PC à 98 %) et pour l'autre moitié de matière végétale, de la sciure principalement (achetée au scieur normand Gastebois International). APR2 a investi 1 million d'euros dans une ligne de transformation qui doit monter à 300 kg/h et 10 000 t/an. Une unité identique est à l'étude en Rhône-Alpes. Le procédé comporte trois étapes : micronisation des plastiques broyés, mélange bois et plastique, turbodensification. « En ressortent des granulés en big-bags prêts à l'injection, l'extrusion ou au rotomoulage en plasturgie, poursuit Daniel Ouaknine, directeur commercial. Nous pouvons remplacer la sciure par des noyaux d'olives, du chanvre ou du lin, et ajuster les dosages suivant l'application demandée » : mobilier urbain, articles de plomberie, lames de terrasse, tringles à rideau, etc. On objectera que l'offre existe déjà, avec des produits incorporant notamment du PE ou du PP d'emballages ménagers (lire EM n° 1646 p. 52). Mais APR2 estime que la concurrence pèche sur la régularité d'approvisionnement. « Aussi avons-nous d'entrée monté le projet avec l'idée d'acheter les ABS-PC d'autres démanteleurs, en plus de notre propre matière première », souligne Marie-Christine de Ponthaud, directrice générale.