La pose ou la réhabilitation de réseaux souterrains (eau potable, assainissement, gaz, câbles, etc.) avec des techniques traditionnelles est source de multiples nuisances : bruit, poussières, rues barrées et leur cohorte d'embouteillages, prélèvement de matières premières nobles en remblais, fragilisation de la chaussée, etc. Cependant, les services communaux peuvent les limiter en groupant les interventions des différents gestionnaires. Grâce à l'organisation de réunions régulières entre les différents intervenants, comme le fait mensuellement la ville de Montpellier, ou à l'instauration d'un règlement de voirie communal. Les groupes Ensemble 91 et Ensemble 77, qui rassemblent collectivités et gestionnaires, proposent un guide d'élaboration en ligne de ce type de règlement, encore trop rare dans les petites et moyennes collectivités (voir Aller plus loin). Le Syndicat intercommunal d'énergie des Deux-Sèvres ( Sieds) a, lui, développé un outil couplant système d'information géographique (SIG) et accès Extranet, grâce auxquels collectivités et gestionnaires de réseaux peuvent coordonner leurs interventions. « Accord 79 est opérationnel depuis le début de l'année. À terme, près de 250 communes ainsi qu'une quarantaine d'opérateurs y auront accès », explique Caroline Lagarde, responsable du service SIG. « Nous ne sommes pas très bons en France sur la rationalisation des interventions. Les gestionnaires ont, en outre, rarement les mêmes besoins », constate toutefois Patrice Dupont, directeur de l'eau et de l'assainissement au conseil général de Seine-Saint-Denis (93). La remarque n'est pas anodine. L'homme préside en effet la Fédération des travaux sans tranchée ( FSTT).
Quarante techniques
Ces techniques alternatives, qui permettent de poser des canalisations sans éventrer la chaussée sur toute sa longueur, sont apparues en France au début des années 1990. La FSTT en dénombre aujourd'hui plus de quarante : pose par microtunneliers, forage dirigé, chemisage continu (lire encadré p. 54), réhabilitation par tubage, remplacement d'une conduite par éclatement, etc. « Ces techniques demandent des opérateurs qualifiés », précise Patrice Dupont. « Leur particularité : faire appel à l'électronique dans un milieu humide, donc hostile », ajoute Régis Bouche, directeur général réhabilitation de Telerep France, filiale de Veolia, leader sur le marché français (lire encadré ci-contre). Elles sont généralement plus chères à mettre en oeuvre, mais limitent les nuisances : pas d'arrêt de la circulation automobile, moins de bruit, chantiers plus rapides, etc. Le fait qu'elles soient encore peu développées dans l'Hexagone par rapport à d'autres pays comme l'Allemagne ou le Japon s'explique en partie par notre sempiternelle difficulté à raisonner en coût global. Mais il y a aussi un défaut d'information. Les équipes municipales fraîchement élues donneront-elles un coup de pouce à ce marché ? C'est en tout cas sur leurs épaules que leur sort repose. En effet, s'engager dans des travaux sans tranchée relève d'abord d'une volonté politique locale. À la décharge des élus, il n'est pas aisé d'évaluer précisément l'impact économique du creusement d'une tranchée et donc de comparer les coûts directs et indirects des deux solutions. Pour sensibiliser les collectivités, la FSTT propose aux maires de signer sa charte des travaux sans tranchée. « Les techniques sont encore peu connues des élus », constate effectivement Jérôme Kujawa, ingénieur au service travaux spéciaux chez Sade, autre filiale de Veolia. « La sensibilisation des donneurs d'ordre passe forcément par le maire. Quand l'édile est convaincu, notre fédération peut proposer outils et formations pour aider les services de la ville à préparer le marché », reprend Patrice Dupont.
Attention toutefois : ces techniques ne sont pas adaptées à toutes les situations, ni toujours rentables, même en raisonnant en coût global. Selon la FSTT, « le coût de l'installation par microtunnelier devient compétitif (...) à partir de 3 mètres de profondeur », tandis que « dans le cas de la pose d'ouvrages en ligne, le prix d'un forage dirigé est équivalent à celui d'une tranchée ». Et même plus économique à des profondeurs supérieures : la pose d'une conduite de 400 mm de diamètre à 2,5 mètres de profondeur en site urbain reviendrait ainsi entre 150 et 250 euros le mètre au lieu de 300 euros avec tranchée. En réhabilitation, « nous sommes compétitifs à partir de 2 mètres de profondeur », assure Jérôme Kujawa, chez Sade. Mais soyons francs : dans certaines configurations, le sans tranchée aura toujours des limites. Pour remplacer une conduite d'eau potable coudée en plusieurs points, par exemple. « Pour le neuf, la géologie du terrain peut constituer un obstacle majeur », ajoute Patrice Dupont. Terrain favorable, en revanche, à l'est de l'agglomération montpelliéraine, où un microtunnelier a posé, l'an dernier, 1 600 mètres de canalisations d'assainissement, passant notamment sous l'autoroute A9 et la rivière le Lez. Treize mois de travaux et à la clé un record de longueur pour cette technique en France. « Nous avons demandé au maître d'oeuvre d'étudier, en parallèle des études de tracés, la faisabilité de différentes techniques, tranchée ou sans tranchée. Dans le cas présent de travaux en grande profondeur et en eau, le microtunnelage combinait intérêts techniques et financiers, détaille Florence Fuchs, codirectrice de l'assainissement dans cette collectivité. D'autant que le recours aux techniques classiques aurait entraîné la fermeture d'une route départementale pendant plusieurs mois... « Pour des travaux de réhabilitation, nous faisons systématiquement explorer les possibilités de remplacement de conduites par l'intérieur. Quand les conditions sont réunies, nous les imposons dans l'appel d'offres », ajoute Florence Fuchs.
Trottoirs auscultés
D'autres maîtres d'ouvrage, comme le Syndicat des eaux d'Île-de-France, le conseil général de Seine-Saint-Denis ou encore Gaz de France, les imposent dès que possible. Pour la pose d'ouvrages neufs, la connaissance du sous-sol est impérative, histoire de ne pas envoyer l'entreprise à l'aveuglette et de ne pas sous-estimer les coûts. « Une étude géotechnique doit impérativement être intégrée au dossier de consultation des entreprises (DCE) », indique Florence Fuchs. De même en réhabilitation, où l'auscultation du réseau est indispensable à la préparation du chantier. Enfin, dernier conseil : vérifier la compétence des entreprises. À disposition pour cela : le système de qualification professionnelle de la Fédération nationale des travaux publics, qui attribue différents niveaux de qualification aux entreprises selon leur expérience par travaux.