Lorsque la directive DEEE n'était encore qu'un lointain projet, certains recycleurs ont voulu jouer les pionniers en montant des lignes de désassemblage de tubes fluorescents (autrefois connus sous le nom de néons). Récylum, l'éco-organisme chargé de la collecte et de la valorisation des lampes à décharge, dont les tubes font partie, en fait aujourd'hui travailler sept. En revanche, l'autre gisement dont il a la responsabilité, les lampes fluocompactes, n'a pas donné lieu à autant d'avant-gardisme. Le 15 novembre 2006, lorsque la France a lancé les collectes de DEEE sur le terrain, le pays ne comptait aucun site en mesure de reprendre ces déchets, pourtant appelés à grimper en volume au vu du discrédit dont est victime l'ampoule à incandescence, beaucoup trop énergivore. Récylum s'est alors rabattu sur Indaver, le leader belge du traitement du déchet dangereux, dont l'un des sites, à Beveren, près d'Anvers, sait traiter les lampes fluocompactes. Depuis, la palette de prestataires s'est enrichie avec TCMS, à Troyes (10), et Ecosynthèse, à Riom (63), mais c'est Indaver qui fait figure de pionnier. « Nous orientons nos collectes vers l'un ou l'autre de ces centres selon deux paramètres : la proximité géographique et les quantités qu'on s'est engagé à fournir à chaque prestataire », explique Ophélie Plantard, chez Récylum. Et ce, d'ailleurs, qu'il s'agisse de lampes fluocompactes ou de tubes.
Mais la lampe est un déchet ménager, en tout cas plus ménager que le tube, donc diffus et difficile à collecter. Sur les 22 millions d'unités traitées à Beveren l'an dernier, Indaver n'a recensé que 33 % de sources lumineuses qui ne soient pas des tubes, des lampes fluocompactes donc, mais aussi des lampes à vapeur de sodium, des lampes d'éclairage routier et quelques lots d'ampoules à incandescence - toutes luxembourgeoises - repris pour leur verre. En outre, la lampe fluocompacte contient du plastique et présente une configuration, ramassée sur elle-même, qui exige un procédé de traitement différent du fameux « end cut, air push » des tubes, où un fil chauffé à forte température coupe les extrémités métalliques avant d'aspirer la poudre du tube de verre intact et envoyer celui-ci au recyclage.
Sur le site de Beveren, les lampes fluocompactes suivent effectivement une autre ligne, commune aux tubes qui lui parviennent cassés : le broyage-concassage. À l'inverse du procédé « end cut, air push », le déchet est entièrement broyé avant tri des matériaux. Verre, métaux, plastiques et poudres mercurielles sont séparés par un cyclone couplé à un tapis vibrant, qui dirige chaque matière vers des big-bags distincts. Métaux (175 t/ an) et poudres (79 t/an) rejoignent les filières de recyclage propres aux tubes (fonderie pour les premiers, mise en décharge pour les seconds avec ou sans démercurisation selon leur teneur en mercure). Les plastiques (81 t/ an) partent à l'incinérateur voisin. « Ils sont invendables, car pollués par des résidus de verre et de métaux, explique Walter Van Wayenberg, directeur marketing d'Indaver. De plus, ils sont de composition différente d'une marque à l'autre : polyéthylène, bakélite... Peut-être seront-ils à l'avenir recyclables si les fabricants décident de se passer de bakélite. » Indaver fonde aussi des espoirs sur la mise au point d'un pilote propre aux lampes fluocompactes - en 2010 ou 2011 - qui ne broierait plus, mais désassemblerait le déchet, donnant ainsi des matériaux plus purs.
Plus curieusement, le verre, qui représente le plus gros des tonnages sortants avec 91,62 % du bilan matière, part en recyclage, mais pas à l'identique, contrairement au verre tubulaire. « Actuellement, seul le verre calcaire, celui de la ligne « end cut, air push », repart chez les fabricants de lampes, qui manifestent une grosse demande. Le verre de la ligne broyage-concassage est moins rémunérateur. Il se recycle dans des produits comme la laine de verre. Saint-Gobain se montre intéressé, surtout avec la hausse du prix de l'énergie », observe Walter Van Wayenberg. D'où l'intérêt de soigner la qualité des collectes : moins de tubes cassés, c'est plus de chances de passer par la ligne « end cut, air push », donc de générer de meilleures recettes à la vente de verre. Récylum se voit ici félicité : ses collectes sont de bonne qualité. En 2007, 4,1 % des sources lumineuses traitées chez Indaver venaient de l'éco-organisme français.