Vendredi, 11 heures. Sébastien reçoit le relevé de la synthèse des ventes des grandes et moyennes surfaces de la ville. Le week-end s'annonce très ensoleillé, et les ventes de packs de bière, barquettes de merguez et pots de glaces sont notables. Il va donc falloir anticiper le passage du camion de collecte sur les points d'apport volontaire du verre, et peut-être ajouter un camion pour la collecte des bacs de tri sélectif en porte-à-porte. Anti ciper la production locale de déchets, une utopie ? Plus tout à fait : c'est le travail de la société Datapole, créée en 2010. L'objectif : réduire les coûts logistiques. « Aujourd'hui, un camion sur trois sert au transport des déchets, et, bien souvent, avec un taux de remplissage d'environ 50 % », souligne Frédéric Gagnaire, fon dateur de Datapole.Baptisée Prediwaste, la solution de Datapole repose sur des techniques de modélisation complexes. Pour construire le modèle, propre à chaque terri toire, l'entreprise utilise les données de consommation locale. « Notre partenaire SymphonyIRI collecte tous les codes-barres des articles vendus dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) chaque jour, ce qui nous permet d'anticiper le type et le volume de déchets à venir. Par exemple, on sait qu'une bouteille de Coca, c'est 24 grammes de PET », explique Frédéric Gagnaire. D'autres données sont prises en compte : jours fériés, vacances et météo. Et pour coller au plus près de la réalité du territoire, Datapole prend en compte les données de production quotidienne des déchets des ménages sur les trois à cinq dernières années. « Cela permet, par exemple, de prévoir la production locale de déchets des trois semaines à venir avec une fiabilité de 95 % », explique Benoît Le Marcis, chef de projet chez Datapole.
Autre application : simuler l'impact d'une optimisation des moyens de collecte sur le taux de remplissage des bennes et conteneurs, tout en caractérisant le risque « d'incidents de collecte » associé à un tel redimensionnement. À la commune d'estimer si elle peut le faire. Une promesse qui a déjà séduit le Siom de la vallée de Chevreuse (Essonne) et la ville de Paris. « Nous ne voyons pas encore l'intérêt de connaître précisément les variations de tonnages au regard des immenses volumes que nous traitons. Mais en cas d'incident sur une unité de traitement, ce modèle pourrait être utile pour minimiser l'impact de la répartition des volumes de déchets sur les autres usines, par exemple », note Catherine Boux, chargée de l'exploitation et de la prévention des déchets au Syctom de l'agglomération parisienne. Un autre partenariat est en cours avec l'Ademe, pour estimer le potentiel de méthanisation d'un territoire à partir du volume des déchets verts.Albane Canto