Les centres de tri de la collecte sélective, ce sont 253 sites en France, dont 80 manuels, 63 semi-mécanisés, 76 mécanisés et 28 industriels. Des chiffres qui résument l'histoire et l'évolution du métier. Selon une étude de l'Ademe, parue en février, la modernisation du parc nécessitera entre 200 et 900 millions d'euros, en fonction des objectifs, d'ici à 2020. De quoi faire réfléchir avant de créer ou rénover un centre de tri ! Que veut-on trier ? À quel coût ? La question se pose, alors qu'Eco-Emballages doit rendre ses conclusions sur l'expérimentation de l'extension des consignes de tri d'ici à la fin de l'année. Mais l'interrogation est plus générale et ne se réduit pas au tri des plastiques.
La tendance de fond est, en effet, d'améliorer le bilan global des centres de tri. Notamment en réduisant les refus de tri. « Eco-Emballages mène deux programmes. L'un avec les Ateliers fouesnantais sur un dispositif de récupération sur les refus, avec une étude technico-économique à la clé. D'une durée d'un an, il doit se terminer à la fin de l'année. L'autre avec le Club de l'emballage léger en aluminium et en acier (Celaa) pour récupérer les petits objets en métal comme les canettes écrasées, les feuilles souples, les barquettes et les complexes avec aluminium des blisters de médicaments », explique Carlos de Los Llanos, directeur du département recyclage chez Eco-Emballages. « Mais le réglage des courants de Foucault pour récupérer à la fois les canettes et les capsules est délicat », souligne Gilles Foutrel, responsable des projets de tri à la direction technique de Veolia Propreté France. « Il est également possible de développer la valorisation énergétique des refus, via la fabrication de combustible solide de récupération (CSR) normé, et, dans les corps plats, de séparer les papiers graphiques des papiers en mélange », complète Cyril Fraissinet, directeur général adjoint de Sita France.
L'autre voie est l'automatisation des centres de tri, au programme de tous les projets de modernisation. « C'est une solution face à l'augmentation des volumes. Un petit centre peut passer de 3 à 7 tonnes par heure en automatisant », illustre Philippe Le Gal, à la tête du cabinet d'ingénierie spécialisé Trident Services. Ce n'est pourtant pas la panacée. « En fait, le tri est difficile s'il n'est pas bien fait par l'usager en amont. Il pourrait être simplifié avec une collecte en biflux : les fibreux pourraient quasiment être transférés aux papeteries, sans tri. Et les autres emballages (plastique, métal) seraient triés dans des petits centres de tri », imagine Philippe Le Gal.
Reste qu'il est impossible au citoyen trieur lambda de distinguer une canette en acier d'une autre en aluminium, une bouteille en PEHD d'une en PP. Seules les machines de tri optique (pour les plastiques), les aimants ou les courants de Foucault (métaux) en sont capables. Avantage : elles s'adaptent aux variations des quantités de matériaux en fonction des tournées (zones rurales ou urbaines), des saisons (plus de bouteilles l'été), et, plus géné ralement, à l'évolution des matériaux employés au fil des années.
Ainsi, la flexibilité de l'outil est devenue un enjeu majeur. Chez Veolia, cette réflexion a abouti au tri séquentiel auto-adaptatif, dit TSA2. Le principe ? Des machines de tri optique, en cascade, trient, en positif, une matière majoritaire dans le flux. Les refus tournent en boucle, jusqu'à ce qu'une nouvelle matière, devenue majoritaire, soit triée. Ce système, qui existe depuis trois ans, est installé dans trois centres de tri. Mais la technique doit encore s'améliorer : « Avec le tri optique, on arrive à bien différencier les résines plastiques. Mais on ne sait pas faire aussi bien sur les fibreux, et on a besoin de plus d'opérateurs pour fournir la qualité demandée », souligne Gilles Foutrel.
Même principe à Esiane, le centre de tri du syndicat mixte de la vallée de l'Oise (SMVO) exploité par Sita, d'une capacité de 30 000 tonnes par an. La flexibilité repose sur plusieurs tris optiques et un système de supervision (GPAO), spécialité d'Arval, l'ensemblier. Résultat : un process à plusieurs « recettes » de tri. « Même dans la cabine de tri, les objets rejetés ne partent pas en refus, mais retournent dans le process. À terme, la recette pourrait s'adapter au gisement, selon la zone collectée », détaille Jean-Paul Dubois, directeur d'Esiane.