Les troubles musculos quelettique s s ont-il s inévitables ?
Le tri des déchets est encore un secteur jeune, qui a démarré avec des méthodologies plus artisanales qu'industrielles. Les bureaux d'études, à l'origine positionnés comme conseil, avaient alors peu d'expérience de l'ingénierie industrielle. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nous sommes des as de la séparation : triturer les déchets, les extraire, on sait faire. En revanche, concevoir des situations de travail est plus délicat. Or, malgré la tendance à la mécanisation, on ne sait pas encore construire un centre de tri sans hommes. Chaque projet génère donc des situations de travail, et il est difficile de savoir si tout a été pris en compte pour que ce travail soit acceptable. Un exemple : il s'écoule deux ans, en moyenne, entre la caractérisation des déchets, la conception du procédé et le démarrage effectif de l'usine. Or, le gisement de déchets a pu évoluer pendant ce laps de temps. Et si l'outil se révèle incapable de s'adapter à cette nouvelle donne, c'est l'homme la variable d'ajustement. De plus, les effets des décisions prises aujourd'hui ne seront visibles que dans quinze ans. Ce contexte appelle à beaucoup d'humilité dans notre métier.
Existe-t-il des re commandations de bonnes pratiques ?
Oui, c'est le guide ED6098 de l'INRS qui les donne. C'est le socle de la réflexion. Il permet de se poser les bonnes questions, dès le cahier des charges. Mais cela ne suffit pas. Il faut ensuite se d e m a n d e r ce que l'on fait pour le trieur tout au long du projet. D'abord, quelle sera la cadence de travail maximale ? Nous considérons en hypothèse de travail qu'un trieur saisit 1 250 corps plats et 1 750 corps creux par heure. Dans certains centres, les trieurs peuvent attraper jusqu'à 6 000 objets, soit près de deux par seconde. C'est exceptionnel, mais entre 2 800 et 3 500 objets, c'est courant. Ensuite, quelle sera l'amplitude du geste ? Quel doit être le poids maximum du déchet ? La réussite d'un projet passe aussi par le choix d'un montage opérationnel qui favorise l'échange entre les intervenants (maître d'ouvrage, bureau d'études, constructeur, exploitant), dont les intérêts peuvent diverger mais dont la confrontation des points de vue est enrichissante.
Les centres de demain seront-ils sûrs pour les trieurs ?
Aujourd'hui, la première génération de centres de tri vieillit. Et les retours d'expérience sur la deuxième commencent à arriver. Désormais, il est acquis que la composition des déchets n'est pas gravée dans le marbre. Est-ce aux trieurs de s'adapter à toutes ces va riations ? Pourquoi donc les centres de tri, voire les consignes de tri, ne devraient-ils pas être modifier ? Pour l'ensemble de ces raisons, il faut prévoir un centre de tri évolutif. Cela permettrait d'intégrer, par exemple, une chute de 8 % en deux ans de la quantité de journaux, revues et magazines, que j'ai constatée dans certains territoires. Au-delà de l'optimum économique à trouver entre mécanisation et surtri manuel, il est nécessaire de se préoccuper des situations de travail pour que les hommes et les femmes ne soient plus la variable d'ajustement du procédé. l