R.R : Y a-t-il un risque de tensions sur la ressource ?
J-Y. C. : Ce qui se passe depuis Philippe le Bel nous montre que lorsqu'il y a tensions entre utilisation énergétique et autres utilisations de la forêt, le cycle d'exploitation forestière se raccourcit, le rendement et donc la fixation de carbone ralentit. C'est, en fin de compte, la performance d'ensemble du système qui chute. Cela s'est passé au Moyen-Âge puis, plus proche de nous, au début de l'industrialisation avant le charbon. Il a fallu réglementer car nous n'avions plus de bois pour faire des bateaux. Les besoins énergétiques sont tels que la biomasse devient un enjeu. Sur certains projets ambitieux, il peut y avoir des tensions.
R.R : D'où la nécessité de recycler ?
J-Y. C. : Je propose que le recyclage des bois soit une source permettant la valorisation énergétique, ce qui éviterait une trop forte pression sur la ressource forestière. Les produits connexes peuvent, dans une certaine mesure, fournir un combustible plaquettes forestières dont l'utilisation est pertinente à proximité de la forêt. Ce n'est pas le cas s'il faut les transporter à 500 km.
Les produits connexes de scierie, sciure, copeaux, délignures, dosses sont valorisables, là aussi, au plus près. Et puis, un produit est déjà concentré logistiquement dans les villes : il s'agit des meubles et bois de construction. Si l'on veut valoriser cette ressource, il faut qu'elle soit collectée et valorisable. Donc, pas de colles ni de vernis bizarres.
D'où l'idée que mettre sur le marché un meuble, avec le système de REP, devrait aboutir à une cotisation supérieure lorsque vous ne pouvez pas certifier que votre meuble est recyclable. Cela aurait un double impact. D'une part, inciter à commercialiser des produits recyclables, diminuer les coûts de tri, valoriser la ressource, alléger la pression forestière. D'autre part, favoriser l'écoconception, l'innovation et, pourquoi pas, la production nationale ou européenne par rapport à des importations lointaines, qui elles-mêmes devraient se conformer de plus en plus à la recyclabilité.
R.R : Vous avez fait la proposition. En avez-vous un retour ?
J.Y.C. : Le retour est tout à fait favorable pour le monde de la foresterie, celui du bois, pour les industriels qui voient bien aussi qu'il peut y avoir compétition sur les produits pour les panneaux, par exemple.
R.R : Et quant au monde politique ?
J-Y. C. : Au sein de la Commission pour le développement durable à l'Assemblée, évidemment, c'est positif. Les gens qui se préoccupent de l'environnement veulent aussi protéger une exploitation multifonctionnelle de la forêt. Cette proposition sort du dilemme suivant : « Est-ce que je coupe du bois en accélérant l'opération pour faire une énergie renouvelable ou est-ce que je ne le fais pas pour préserver une utilisation plus rationnelle de la forêt ? ». Sur ce point, j'ai un bon retour. Sur l'idée qu'une REP puisse être différenciée, je n'en ai pas de négatif, y compris de l'administration. Maintenant, il faut voir dans quel véhicule réglementaire ou législatif nous allons faire entrer cela.
R.R : La Commission européenne peut-elle émettre un avis négatif ?
J-Y. C. : À priori, sous toutes réserves, non, compte tenu que cela s'appliquerait à tous les produits mis en marché, quelles que soient leurs origines et pas seulement à leur entrée à la frontière. Ce n'est pas une barrière douanière. C'est une contribution raisonnée et différenciée pour le recyclage.
R.R : La question se pose pour l'ensemble des produits.
J-Y. C. : Quand on importe un produit, on perd de la valeur ajoutée, on récupère un coût qui est celui du traitement de la fin de vie. Donc, on perd sur deux tableaux à la fois. Ce qui devient insupportable pour le consommateur et/ou pour le contribuable. n